Quand j'étais enfant, je connaissais de la bande dessinée outre-atlantique toute la famille Disney et Snoopy. En grandissant un peu, j'ai connu les comics type super-héros. Plus récemment, j'ai découvert que la bande dessinée américaine c'était aussi de superbes séries noires telles que Torso ou From Hell. Et là, il y a quelques semaines, je me prend un train de dix ans de retard en pleine tête. Dans le Bédéka de février, je suis tombé sur une interview de Jeff Smith.

Cet auteur, que je ne connaissais pas, y raconte que vient de sortir en France le dernier volume d'une série démarrée dix ans auparavant pour l'édition française (démarrée en 1992 pour l'édition originale) : Bone. Dix ans... On y apprend, entre autres, que l'idée de cet univers lui est venu très tôt et qu'une première publication dans le fanzine de son université mettait déjà en scène les principaux personnages.

Jeff Smith a également la particularité de s'éditer lui-même afin de pouvoir décider du destin de ses histoires. Il est l'un de ceux qui ont permis au comics indépendant de sortir de l'ombre. Bone est un immense succès.

D'un premier abord le faux air de Casper des trois cousins Bone ne m'a pas attiré. Mais en rentrant dans le premier tome, j'ai tout de suite accroché. Bone est une histoire d'aventure, plutôt heroic-fantasy. Il y a une certaine proximité avec l'oeuvre de Tolkien dans le fil conducteur, les protagonistes, les grandes scènes de bataille, le côté tantôt dramatique, tantôt drôle. Jeff Smith y ajoute une pincée de burlesque. Mais Bone a sa propre identité. Le graphisme en premier lieu, mélangeant des personnages types cartoon (l'auteur se souvient avoir été bercé de Bugs Bunny et c'est vrai que le côté gros nez ressort fort chez les Bone) à d'autres personnages réalistes le tout dans une ambiance fantastico-médiévale. J'ai été séduit par un effet cinéma introduisant des plans pleine page sur des débuts d'épisode ou moments clés. L'histoire ensuite est bien amenée, l'intrigue prend corps au fur et à mesure et m'a tenu en haleine jusqu'à la fin. Seule cette dernière ne m'a pas emballée, non pas qu'elle m'ait déçu mais plutôt qu'elle fut sans réelle surprise contrairement à tout le reste de l'histoire.

Allez, petite intro histoire de vous accrocher. Les Bone sont trois cousins : Fone Bone, Smiley Bone et Phoncible P. Bone alias Phoney. Ils ont été chassés de Boneville après que Phoney, sombre personnage à peu près aussi cupide qu'oncle Picsou, y ait joué trop de mauvais tours. Ils errent dans le désert. Poursuivis par une nuée de criquets, ils sont alors séparés et atterrisent malgré eux dans une profonde vallée boisée. Peu à peu leur destin bascule au gré de rencontres improbables. De Ted la Bestiole à l'Homme à la capuche en passant par Mamie Ben, Thorn, Lucius, les rats garous, le dragon rouge et tous les villageois de BarrelHaven, les cousins Bone vont se retrouver au coeur d'un conflit en sommeil...

Je recommande donc fortement la lecture de cette série qui, cerise sur le gateau, est disponible intégralement, n'en déplaise à votre portefeuille. 11 volumes publiés en français, Noir & Blanc, chez Delcourt et 2 Hors Série. Pour les plus patients d'entre vous, une version colorisée est en cours aux Etat-Unis et devrait donc prochainement arriver chez nos libraires.

Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille cette interview en ligne et en anglais de l'auteur ou encore le site officiel. En anglais lui-aussi, pas très lisible, vous pourrez toutefois y consulter en ligne de très nombreuses planches, un teasing, et un making-of, qui vous donneront sans doute envie d'aller au bout du voyage.