2 ans
le lundi 9 mai 2005, 00:53
C'est
aujourd'hui l'anniversaire de ma fille. Joyeux anniversaire petite puce.
Alors je pourrais vous bassiner sur le temps qui passe, les enfants qui poussent trop vite et toutes les banalités habituelles.
Je préfère vous raconter un peu mes souvenirs de sa naissance car je trouve que l'on entend assez peu le point de vue du père dans tout ça.
Pour commencer, il y a vraiment un métier auquel je souhaite rendre hommage, celui de sage-femme car là aussi, je trouve qu'on en parle pas vraiment assez.
Pour commencer la sage-femme peut vous préparer à l'accouchement. Il existe de multiples préparations à l'accouchement. On trouve la classique préparation en groupe, répondant au nom barbare "psychoprophylaxie obstétricale", et aussi connue comme "accouchement sans douleur". C'est celle pour laquelle j'ai, et je ne pense pas être le seul, le vieux cliché de la préparation à l'accouchement voyant le couple concentré sur la respiration façon bon toutou. On trouve ensuite différentes alternatives comme la sophrologie, le yoga, la préparation en piscine, le chant prénatal (psychophonie) ... et l'haptonomie. La définition de cette dernière est "Science de l'affectivité". Alors au départ, je n'étais pas vraiment emballé, vu de loin, le concept faisait un peu secte new age, mais après quelques ouï-dire positifs, nous avons testé puis adopté. Et je dis bien "nous" car, contrairement à diverses préparation, l'haptonomie est une préparation à deux. Sans le père, la mère ne peut faire cette préparation (tiens j'ai pas pensé à demander pour les couples de femmes). On y apprend dès le 4ème mois à entrer en communication avec le bébé en devenir à partir de touchers et de mouvement sur le ventre. On met ensuite des mots sur ce que sera le moment de l'accouchement, sur la manière de gérer la douleur de la mère (jusqu'à la perte des eaux du moins pour Hélène parce qu'après hein, il n'y avait plus rien à faire d'autre que de gérer la crise et d'invoquer le dieu Péridurale qui a bien pris son temps). Et on apprend aussi pour après la naissance la manière de porter et manipuler le nourrisson pour faire prendre conscience de son corps à bébé.
Ensuite, la sage femme c'est surtout le praticien qui assure les gardes des services de maternité (bon je parle d'hôpitaux public parce que dans le privé je ne sais pas comment ça se passe). Donc cette poignée de femmes accueille les patientes, les rassure, et accompagne les mères dans la mise au monde des tous petits. Trois fois rien quoi ! Ces femmes (désolé pour les quelques hommes bien marginaux dans cette profession - que l'on appelle au passage "maïeuticiens", on ne peut pas dire qu'on les motive par la sémantique hein) sont juste dans nos pays dits civilisés la première personne que la plupart de nos enfants, naissant sans problème particulier, voient en venant au monde.
Les conditions dans lesquelles elles travaillent sont peu glorieuses : nombre d'heures loin des 35, sous effectif permanent comme dans tous les secteurs de la santé publique, nombre d'accouchement en forte croissance depuis le début 2000, etc. Quand on réalise alors la responsabilité qu'elles ont, on ne peut que les remercier de tenir le coup et d'avoir épousé une vocation plus que choisi un métier.
Bon, après cet hommage fort mérité, revenons à mes propos de départ. L'haptonomie est un très bon souvenir pour moi. S'il demande une disponibilité pas très évidente, cela m'a apporté réellement conscience de l'existence de l'enfant à venir. La sentir sous mes mains passer d'un côté à l'autre du ventre sur simple invitation a été une expérience riche en sentiments. La grossesse en elle-même ne m'a pas posé de problèmes particuliers, j'ai tenté d'être présent du mieux que je pouvais. Non, ce qui m'a le plus marqué c'est bien sûr l'accouchement.
Un accouchement pas vraiment difficile en regard de ce que certaines femmes peuvent subir depuis la césarienne à l'impossibilité d'avoir la péridurale et je passe les diverses complications aboutissant parfois au décès. Il suffit pour s'en convaincre et relativiser de lire l'édifiant rapport de l'OMS sur le décès annuel de 530 000 femmes et 3 millions d'enfants pendant la grossesse ou l'accouchement.
Ceci étant, pour aussi bien qu'il se soit passé en comparaison, cet accouchement a été un marathon pour ma femme, et pour moi aussi, dans une moindre mesure.
9 mai 2003, vers 6h du matin je me souviens me réveiller du fait d'un peu d'agitation à mes côtés. Hélène pense que c'est le jour, les contractions se font régulières. Pas d'affolement, on va se préparer tranquillement mais déjà angoisse et excitation pointent leur nez. Vérification de la valise, toilette et nous arrivons à l'hôpital vers 10h. Nous ne sommes pas les premiers, 2 ou 3 couples attendent déjà d'être accueillis. On a bien dû attendre une heure avant d'être reçus pour un premier examen. Une première sage-femme examine Hélène, le col est assez peu ouvert, le verdict tombe : c'est pour aujourd'hui mais ça va être long.
Alors on nous installe dans une chambre et tranquillement on tente de se détendre et quand les contractions deviennent plus douloureuses et pesantes on applique comme de bons élèves ce que l'haptonomie nous a enseigné et cela semble apaiser un petit peu Hélène.
Les heures passent ainsi jusqu'à ce milieu d'après midi ou je décide de m'absenter une demi heure pour faire je ne sais plus trop quoi d'inintéressant. Et quand je reviens vers 16h, je retrouve madame dans tous ses états, j'apprends que la poche des eaux vient de percer et que nous allons bientôt passer en salle de travail. Et c'est là que ça devient long, car Hélène souffre terriblement. Quand on arrive pour aller en salle de travail, ce n'est pas possible car elles sont toutes occupées et comme il n'est pas encore l'heure pour Hélène, on peut patienter dans une petite pièce annexe. C'est là que ça a été dur car on s'est retrouvé seuls à gérer la souffrance physique. De temps en temps on passait voir si ça allait mais sans plus, le personnel était débordé, la triste routine pour eux.
Hélène qui n'en peut plus demande alors la péridurale mais comme l'anesthésiste est aussi déjà occupé il va falloir encore attendre et continuer à gérer cette douleur…
Et enfin, vers 19h on peut y aller, on entre en salle de travail, l'anesthésiste ne tarde pas trop, je suis gentiment expulsé pour sa mise en œuvre, et vers 20h je retrouve une Hélène un peu plus apaisée. L'enjeu est de savoir maintenant si le dosage n'est pas trop fort pour qu'elle puisse arriver à sortir notre enfant.
Le temps passe encore et, fait amusant, Florence la sage-femme qui nous a accompagné via l'haptonomie prend sa garde et vient nous prendre en charge. Autre fait amusant, le 9 mai marque son propre anniversaire. A partir de là tout s'accélère et à 22h10 Lise nous fait entendre le son de sa voix.
Quand je quitte l'hôpital, minuit passé, un étrange sentiment m'habite au terme de cette mémorable journée : l'impuissance. Tout au long de cette journée je me suis senti totalement impuissant à faire face à cette douleur de l'accouchement, à faire face à cette incroyable violence naturelle qu'est le moment même de l'accouchement, à faire face à ce petit être qui d'un coup apparaît. Impuissant mais pour rien au monde je ne regrette d'y avoir participé et je ne pense pas avoir été forcément inutile et encore moins n'avoir pas été à ma place.
Pour finir je vous invite, parents ou pas, à lire le tendre "Corps
de rêve"de Capucine, témoignage sensible et talentueusement imagé
d'une grossesse par une jeune mère (pour accéder à quelques
planches de l'auteur, suivre le lien et cliquer sur "Capucine" dans
la section "Bandes dessinées").
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