Voici un week end bien éprouvant qui s'achève.

Descente express en Charente-Maritime pour affaires familiales un tantinet complexes, 1 350 kilomètres en deux jours et demi, bref pas vraiment du repos.

Alors voilà, je me suis offert quand même au passage un vrai grand bol d'air comme je les aime.

Vendredi soir, arrivé sur La Rochelle, je file passer la nuit sur l'île de Ré.

Envie de voir cette île hors saison, déserte des foules estivales, envie de prendre du temps dans la réserve naturelle du Fier d'Ars, envie de prendre l'air tout simplement.

Bon, en même temps, je prends un risque d'un point de psychologique, l'île de Ré, c'est aussi notre dernière semaine de vacances à trois, une semaine très sympa pleine de bons souvenirs où nous étions presque heureux.

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Sans réservation, j'appelle différents hôtels avant de passer le pont (bien moins cher qu'en haute saison soit dit en passant), et je peine à trouver une chambre. Beaucoup sont fermés en ce mois de novembre. Coup de bol, l'hôtel du clocher au cœur du petit village d'Ars en Ré est ouvert.

Je fonce.

Aussitôt parti, aussitôt arrêté. Impossible de résister à la pause photo du pont de nuit, je suis un peu incorrigible de ce point de vue.

J'arrive juste avant 21 h sur place, il y a encore quelqu'un pour m'accueillir.

Je prend ma chambre (les chambres du coin sont vraiment faites pour la belle saison, l'isolation c'est pas ça et le décor fait vraiment vacances d'été), jette mes affaires et je repars en quête d'un resto.

Là tout de suite, c'est pas gagné, sur place, rien ne m'inspire. Il faut dire que rien ou presque n'est ouvert, surtout à cette heure.

Je repars alors sur St Martin où je réussis à trouver quelques restos sur le port.

C'est quand même un peu la "loose", on est samedi soir et je me retrouve à manger seul au restaurant, pratiquement désert lui aussi, à manger une brandade de morue en lisant le Phare de Ré. Pas l'extase en soi, ce sera pour un peu plus tard.

En repartant je ne résiste pas à pousser le chemin jusqu'au phare des baleines.

Il fait très froid et le vent qui souffle fort n'arrange rien, je suis gelé.

Mais ici je me sens bien. Ce n'est que la deuxième fois que je viens sur l'île de Ré mais c'est devenu un point important de ma vie. Le phare des baleines est un peu un repère entre ma vie passé et ma vie en devenir.

Espérons qu'à le contempler là en pleine nuit, glacé jusqu'aux os, je parviendrais à éviter trop d'écueils.

 

Le lendemain matin debout de bonne heure, je pars en quête de l'avifaune, la région étant riche sur ce plan.

Je commence par la plage de Trousse Chemise dont le nom est assez évocateur.

Il vient de ce qu'autrefois les locaux traversaient le fier d'Ars à marée basse pour atteindre la rive opposée profitant du banc de sable de Bucheron. Et pour cela ils retroussaient leur chemise.

En arrivant sur la plage, il fait encore très froid et le vent est toujours là. Il souffle tant que le sable me cingle le visage et que je dois régulièrement le détourner.

Mais la récompense m'attend. Entre 100 et 200 bernaches cravants (petites oies) posées sur le banc de Bucheron.

Quelques huitriers-pie, mouettes et goélands se mêlent à eux mais le vent m'empêchant d'utiliser ma longue vue je peine à voir si d'autres espèces sont présentes.

J'avais bien lu que le secteur était propice à voir autant de bernaches cravants mais les voir comme ça aussi facilement, aussi nombreuses, c'est un pur moment de plaisir.

Ne résistant pas longtemps au froid qui m'envahit petit à petit, je rebrousse chemin, direction la plage de la Patache.

Autre nom amusant mais dont je ne connais cette fois-ci pas l'origine.

De la plage de la Patache, je longe la côte en direction d'Ars en Ré.

On est ici dans le Fier d'Ars, sorte de grande baie.

Le fier d'Ars abrite une réserve naturelle, la réserve de Lilleau des Niges.

Je vois au loin de nombreux groupes de bernaches cravants, il doit y en avoir quelques centaines mais je suis trop loin pour les compter efficacement.

Je croise également quelques sarcelles.

La vue sur Ars en Ré est assez sympa, je distingue aussi le phare des baleines.

Je reprend la voiture et je me rend à la maison de la réserve naturelle, imposante bâtisse en bois.

Bon, forcément, vue la saison, tout est fermé.

Je pars donc à pied à travers les petits chemins.

Je croise de nombreux oiseaux mais je peine à les identifier, manque de pratique et pas le guide qu'il me faut. Dans ce que je reconnais, les aigrettes garzettes ont la palme de la grâce.

Deux cygnes me survolent tout à coup, le vol est lourd et majestueux.

Les paysages des marais salants sont superbes et la lumière est magnifique en cette matinée.

Soudain mon portable vibre, je réponds. Lise, ma fille, 2 ans et demi, souhaite me parler. Quelques mots échangés elle veut que je lui chante "Petit papa Noël". Je m'abrite du vent toujours présent, je m'assied et j'entonne la dite chanson. Moment totalement surréaliste, seul perdu en pleine nature, seul à percevoir le burlesque de la scène.

Je raccroche, regarde l'heure, retour à la réalité, il est temps de partir, quitter ces lieux que j'affectionne tant, et poursuivre ce week end marathon.