J'entends dire ici, ou là, ou encore dans un article de Marianne que nos concitoyens et en particulier ces dames n'apprécient plus Noël et les fêtes de fin d'année.

En effet, cela fait longtemps qu'en France on ne célèbre plus majoritairement la naissance du petit Jésus.

On lui préfère de loin le culte du Père-Noël si brillamment sorti d'un placard et marquetté par La firme de Soda américaine dans les années 30 et avec lui ses joujoux par milliers.

Si l'idée de base n'est pas mauvaise en soi (je suis toujours partant quand une pratique religieuse tend à disparaître) dans le côté fête familiale et rêveries d'enfants la société de consommation est passée par là et gâche un peu le mythe.

Noël, c'est le culte du paraître qui impose sa loi.

Paraître riche, généreux, organisé et normal en dévalisant les magasins pour faire de nombreux cadeaux et préparer le repas de fête.

Paraître heureux et aimant en famille à l'instant T en mettant de côté quelques instants les rancoeurs qui ne manquent pas et en hurlant de joix en ouvrant des cadeaux dont nous ne saurons que faire d'une bonne partie.

Oui, je sais, c'est tout de même plutôt un problème de riches quand on pense à tous ceux qui ne peuvent même pas s'offrir un bon repas, c'est aussi se prendre la tête pour pas grand chose et c'est bien là que je veux en venir.

Donc, pourquoi je vous parle de cela moi ? Et bien pour commencer parce qu'on est en plein dans la période, et qu'à l'occasion, je profite de votre petite visite pour vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d'années, c'est mon tout petit côté altruiste.

Ensuite parce qu'en ce qui me concerne, je m'y retrouve un peu aussi dans cette lassitude de la fièvre commerçante, et sans doute aussi un peu dans le côté "je me force à être heureux parce que c'est Noël".

Et nous y voilà, plus large mais encore plus fondamental est-ce qu'on ne vivrait pas une sorte de névrose collective de pérpetuelle insatisfaction ?

En amour, travail, épanouissement personnel, relations familiales et amicales, bien être, je vois tant de gens qui se plaignent, pas forcément malheureux mais loin d'être heureux.

Et moi le premier, j'ai tant de choses, un peu d'argent, un travail relativement intéressant avec beaucoup d'autonomie, une femme belle et intelligente, une petite fille adorable, quelques amis sincères, un tissu relationnel en développement, un appart sympa dans un cadre sympa, un peu de temps pour faire des choses intéressantes et m'intéresser au monde qui m'entoure, pas mal de voyages au compteur, etc.

Au lieu d'en jouir, je n'ai rien trouvé de mieux à faire que de me laisser aller à une sorte d'insatisfaction léthargique au risque de tout gâcher.

Je vous vois venir, vous allez me dire que c'est normal, que c'est le propre de l'Homme à travers toujours plus de désirs de ne jamais être satisfait.

Certes, mais n'y a t'il pas un juste milieu. Avoir un toit, répondre à ses besoins primaires, avoir un peu d'amour, n'est-ce pas un motif suffisant pour être heureux de temps en temps et parvenir à relativiser ses insatisfactions le reste du temps ?

J'avais dernièrement une discussion avec un ami vénézuelien et nous arrivions à la conclusion qu'en amérique du sud par exemple où les peuples manquent souvent de tout, les gens parviennent à prendre les choses plus "légèrement" et semblent dans l'ensemble malgré la misère assez heureux de leur existence.

L'occidental se voit sans cesse marteler que pour être heureux il faut suivre la norme, consommer tout ce que l'on nous invente à consommer, être une famille parfaite, voire un célibataire épanoui, tout dépend du segment de marché cible. Assez normal dans ces conditions de cultiver l'insatisfaction.

Pourquoi tant de palabres ? Simplement pour attirer votre attention sur ce constat, vous inviter à relativiser, à réfléchir à la question. Pour ceux qui pourraient penser que je n'ai aucune légitimité à donner ainsi des leçons puisque je semble jouir d'une vie plutôt confortable, je répondrai que conscient d'être privilégié je ne nage cependant pas dans le luxe, j'ai en ce moment quelques profonds motifs d'insatisfaction et je ne cherche pas à donner des leçons, juste à réveiller les consciences.

En ce qui me concerne, j'ai beaucoup appris à relativiser ces derniers temps, j'arrive peu à peu à me satisfaire de petits bonheurs quotidiens, à savoir profiter de la vie même si elle n'est pas toujours aussi glamour que la norme à suivre. Ca ne m'empêche pas de traverser de sombres moments de déprime mais ils passent bien plus vite.

Quand au problème de Noël, un peu plus de simplicité et de sincérité feraient du bien, je tâcherai d'y penser pour les années à venir, j'essaierai aussi de faire attention à celles et ceux qui prennent en charge son organisation pour être sûr qu'il ne s'agisse pas pour elles d'un calvaire mais bien d'une fête.