L'hebdo Bondy Blog
le jeudi 29 décembre 2005, 02:21
"Entre le Wall Street Journal qui titrait "Zone de guerre" et le "Parisien" de lundi, j'aimerais trouver un message métissé, un Bondy ni tout noir, ni tout blanc, un message à tête reposée. Insh'allah"
Ainsi se termine la note de Blaise Hofmann du 30 novembre 2005 sur le blog "L'hebdo Bondy".
Il est vrai que les médias nous offrent une information édulcorée, orientée, dans un sens comme dans l'autre, la masse est aisément manipulée et ne semble demander que cela.
Moi le premier, j'ai plongé et j'ai cru au Karcher et aux racailles de Sarkozy savamment sorties de leur contexte même si je n'approuve pas pour autant la tendance fortement sécuritaire de l'intéressé. Ça ne justifie en rien de verser dans l'extrémisme inverse telle l'incroyable campagne d'Act Up hissant au même niveau le vote Sarkozy et le vote Le Pen. Même si je comprend par là et je rejoins un peu le fait que le premier récupère des électeurs du second, la forme utilisée est inacceptable.
Et puis Serge Michel, Sabine Pirolt, Roland Rossier, Blaise Hofmann, Pierre Nebel, Paul Ackermann et Alain Rebetez ont installé leur campement au cœur des cités de Bondy. Ces journalistes d'un petit journal Suisse, "L'hebdo", ont souhaité comprendre le phénomène des banlieues françaises de l'intérieur et se relaient semaine après semaine depuis le 11 novembre. Et quelle leçon pour la presse française ! Ce message métissé que rêvait Blaise Hofmann cette équipe l'a réalisé a mes yeux.
Un Bondy ni tout noir à travers les paroles des grands frères qui veillent au grain comme ils peuvent, Radouane l'altruiste qui entraîne entre autres l'équipe de foot, Malika la réceptionniste dévouée du seul hôtel du coin, Sonia mère célibataire après avoir été femme battue et qui entrevoit le bout du tunnel après une lutte qui inspire un profond respect, Mohamed Djeroudi l'animateur d'une jeunesse qui en a bien besoin et président du club de foot, Hamid Belakhdar enseignant engagé, Sadjo étudiant en psycho, Kamel et Hakim entrepreneurs en devenir galérant pour ouvrir un salon de thé... et tous les autres.
Un Bondy ni tout blanc où des voitures ont bien brûlées, où de nombreux drames se jouent au quotidien dans une quasi indifférence générale. Quelques témoignages sont terriblement touchants. Ainsi Marie-Jeanne, mère célibataire survivant du RMI, 517 euros, après avoir quitté un compagnon alcolique et violent. Ainsi Tony qui ne parvient pas à faire vivre sa famille avec un maigre salaire de 1100 euros et qui craint de retomber dans la spirale de la délinquance. Ainsi Khadija au destin plutôt tragique. Ainsi Aurore qui a dû se séparer de ses deux enfants et se prostitue pour survivre tout en cherchant mieux. Ainsi Dolly mère célibataire en recherche de logement, clandestine et qui envisage de placer ses enfants faute de mieux… et tous les autres.
On est loin de l'image aseptisée des 20h. En ce qui concerne leur couverture des émeutes, ça me fait un peu penser aux journalistes qui font leurs papiers en Irak cloîtrés dans un hôtel réservé aux journalistes voire dans un pays voisin ou encore qui partent en reportage encadrés d'une patrouille militaire.
D'autant plus qu'en dehors des périodes de violences urbaines ou d'incident particulier, les journalistes oublient rapidement les banlieues.
Non, vraiment, ce blog dresse un portrait intéressant et même si comme le disent des jeunes "Faut naître ici pour comprendre ce qu'il se passe" cette chronique banlieusarde aide à toucher le fond du problème entre ségrégation et racisme, misère, politique sécuritaire, abandon des quartiers défavorisés, et actions engagées pour faire avancer les choses, coûte que coûte, avec ou sans moyens.
C'est le second blog pour lequel j'accroche au point de me taper 4 heures de lecture d'affilée. Le premier était le blog de Frantico. Le blog a vraiment acquis ses lettres de noblesse et ne mérite plus l'étiquette du journal intime d'ado boutonneux qui insulte ses profs dans un parler SMS. Non, la blogosphère comme on dit devient vraiment un monde riche et éclectique, un média alternatif.
Merci aux chroniqueurs suisses d'avoir fait le déplacement pour me montrer à moi qui habite à quelques kilomètres un visage un peu plus vrai des banlieues difficiles.
La suite de l'histoire se passe ici.
Cet article appartient à la catégorie 100 états d'âme
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