La façade.

Laurent est un penseur, poète, écrivain et aussi un ami. Il y a quelques temps de cela - l'échelle de temps se mesure en mois ce soir - je reçus un mail reflétant l'un de ses états d'âme comme il lui prend parfois l'envie de les faire partager à son cercle de proches. De ce mail - la magie de l'informatique me permet de citer ses mots sans les ravages du temps que pourrait produire le simple appel à ma mémoire - l'extrait suivant m'avait particulièrement touché, plus qu'il ne pouvait l'imaginer.

"Le monde occidental est un grand théâtre. Je ne compte plus tous les gens autour de moi que je vois costumés, partant au boulot comme si ils allaient en représentation. A croire que tout le monde joue un rôle dans ce vaudeville dramatique mis en scène par Dieu et pour lequel les anges et les démons sont les accessoiristes. Tantôt lumière, tantôt ombre. Tant et si bien que parfois les protagonistes que nous sommes perdent tout sens commun de la réalité. ..."

Je me souviens avoir reçu ce mail en pleine perdition sentimentale il n'en était que plus juste pour moi.

Magie combinée de l'informatique et du talent de l'auteur, vous pourrez apprécier la justesse de ces propos dans leur intégralité sur la Noesisphere.

En ce qui me concerne, je pousserai la réfléxion un peu plus loin. Au delà du rôle que nous sommes tous amenés à jouer dans nos emplois et activités respectifs, la façade est aussi omniprésente dans nos quotidiens, pas toujours identique, on possède souvent plusieurs masques que l'on interchange selon nos interlocuteurs.

L'importance de l'image, la peur de l'autre, du qu'en dira t'on, les problèmes de compréhension, de communication, les préjugés, les différences socio-culturelles, les manœuvres de manipulation voire de domination sont autant de maîtres d'ouvrage.

Ainsi entre connaissances, entre amis, en famille, entre parents et enfants et parfois même au sein du couple nos relations sont souvent faussées, la bienséance l'emporte, parfois l'hypocrisie et très souvent le non-dit. Quelle facilité de répondre un "bien, tranquillement" au sempiternel "Comment vas-tu ?". Et même si l'on comprend parfois que la réponse ne colle pas à la réalité, on se contente majoritairement de cette réponse, par respect, ce n'était probablement pas le moment.

Complexe alchimie des relations humaines. Il semble que pour nombre de personnes certaines choses ne doivent pas être dites, tout au plus pressenties et parfois profondément occultées.

Et quand cinq amis se retrouvent un week end à la campagne, que le mojito royal coule à flot, que la chaleur de l'âtre et des convives vous met à l'aise, et que ces cinq amis célèbrent un repas fort réussi par le maître de cérémonie - Seb en ce qui me concerne c'est le dessert que j'ai le plus apprécié - il arrive que les derniers remparts cèdent et qu'on se laisse totalement aller. Les langues se délient, une confidence entraîne une autre confidence et on atteint des moments d'une rare complicité, d'une rare intensité.

C'est pour moi une grande preuve de confiance, on apprend, on échange, on touche la réalité de l'autre du bout des doigts.

La sincérité est une chose si rare.

A Laurent, Aurélien, Sébastien et Cécile, cette longue nuit entre douleur, éclats de rire, éclats de voix, états d'âme, bonne bouffe, beuverie et simplicité m'a fait du bien tout simplement.

A la prochaine.