Triste politique
le mardi 25 avril 2006, 13:42
La tempête CPE a pour moi poursuivi la décrédibilisation du politique. Entre le "je fais passer ma loi en force et je refuse le débat parlementaire" et le "non je ne céderai pas na !" qui se terminera par "bon bon, ok, oublions tout ça, le CPE n'est plus", c'est du bon grand guignol.
Au passage, tiens, exit la grippe aviaire mais bon, j'y reviendrais bientôt.
Donc une fois que les médias ont pu passer à autre chose, j'ai eu vent d'un évènement qui me semble encore bien pire que ça.
Je veux parler de la grève de la faim menée par Jean Lassalle, entre autres député de la IVème circonscription des Pyrénées-Atlantiques, maire de la commune de LOURDIOS-ICHERE et Vice-Président du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques. Et entre autres hein, bref, un homme bien occupé, adhérent de l'UDF.
Quels sont les faits ? 150 emplois sont menacés en vallée d'Aspe suite à ce qui ressemble à une délocalisation d'une usine de la société japonaise TOYAL. Il semblerait que pour différentes motivations, TOYAL souhaite transférer progressivement sa production dans une nouvelle usine à 65km de là, bouleversant ainsi la vie de ses salariés, pour qui 1h30 de trajet risque d'être assez insurmontable, et, par effet domino, la vie économique de toute la vallée.
Jean Lassalle, député, maire, vice président du conseil général, las de ne voir aboutir aucune des démarches classiques a, pour faire entendre sa cause, entamé une grève de la faim au sein même de l'assemblée nationale, sous l'oeil direct des députés et journalistes.
Objectif atteint, c'est le moins que l'on puisse dire.
Les médias se sont émus, les politiques se sont émus, la population s'est émue, la diplomatie franco-japonaise a senti le vent monter et là encore, on connait la conclusion de l'affaire. Après 39 jours de grève de la faim, Jean Lassalle a gagné, après de sombres tractations, TOYAL s'est vu contraint de renoncer à son projet. Je passerai outre la énième récupération de l'évènement par un certain N.S, lascar connu pour fréquenter une certaine place beauvau.
Je ne prendrai pas non plus parti sur le fond, l'un et l'autre camp avancent des arguments qui se défendent.
Je trouve simplement triste voire pitoyable qu'un élu du peuple en vienne à utiliser une telle arme pour imposer sa volonté envers et contre tout. La grève de la faim, c'est du chantage au suicide, ni plus, ni moins. C'est la porte ouverte à une nouvelle forme de totalitarisme. Quoi, vous n'êtes pas d'accord avec moi. Changez d'avis ou vous aurez ma mort sur la conscience. Alors voilà, demain, parce que j'en ai marre que les travaux du tramway créent des embouteillages monstres qui me font perdre du temps, je vais dire stop les travaux où je me jette sous les roues d'un tramway. Si je ne veux pas que Sarkozy soit président de la république, je vais dire Sarko retires-toi du monde politique où je me jette depuis le sommet de la tour Eiffel. C'est bon. Qu'un quidam désespéré cède à ce type de manoeuvre est une chose. Qu'un représentant de nos maladives institutions y vienne également c'est le paroxysme de la politique spectacle. Il n'y a plus que ça qui fonctionne, trouver le meilleur moyen d'attirer les médias.
Rien de plus à dire, quelle que soit la cause, aucun politique ne doit user du chantage au suicide, on va à l'encontre de l'idée de démocratie, pour peu que ce terme signifie encore quelque chose.
Triste victoire.
Même pas envie de relayer pléthore d'articles sur le sujet ni le site dudit député tellement ça me navre.
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