Façades (2)
le vendredi 28 avril 2006, 23:53
Mon dieu, - simple expression héritée de mon éducation,
n'y voyez là aucun signe ostentatoire religieux - y a t'il plus banale
photographie ?
Si ce mécano grandeur nature est ici exposé, ce n'est pas le fruit d'une subite pulsion touristique ni de coup de foudre sur le tard de ma part pour la dame de fer parisienne.
Non, trop de photographes se sont essayés sur ce monument dans tous les extrêmes et je ne me sens pas inspiré pour le cliché révolutionnaire.
Alors pourquoi me direz-vous ? Simplement car le week end dernier, j'ai déjeuné au premier étage de la tour. Non, pas au Jules Verne, un peu trop cher pour un repas de 20 personnes offert par deux d'entre elles. Les 80 ans du grand père maternel. Pourquoi ce lieu insolite ? Histoire de marquer le coup. Et c'était plutôt réussi. Assez amusant de griller la priorité aux cohortes de touristes venus tenter l'escalade mécanique ou pédestre. Assez sympa de diner en bord de fenêtre avec vue sur la Seine et le Trocadéro. Le temps lui aussi étant de la partie le contexte était très plaisant. Côté restaurant, on verse quand même bien dans l'usine à touriste, la cuisine est très correcte mais pas transcendante. On paie avant tout ici le cadre exceptionnel.
C'est
donc ça l'objet de cette note, juste un gargarisme égocentrique
sur le fait d'avoir déjeuné à 95m au dessus du niveau de
la mer et au dessus d'un océan de touristes ?
Non, du tout, j'attendais quelque chose de cette réunion familiale et je l'y ai trouvé.
J'ai retrouvé des cousins et cousines que je n'avais pas vu depuis 10 ans.
Des gens que finalement je ne connaissais pas. Et que je n'ai jamais vraiment cherché à connaître.
Les relations familiales sont vraiment étranges. Sorti du cadre parents / enfants / grands parents, la majorité du temps ces relations ne sont que des façades quand elles ne sont pas inexistantes. On se voit pour les grandes occasions, l'éloignement géographique ou celui dû aux tensions familiales vous limite à cela.
Avons-nous donc réussi à dépasser cela ? Oui, d'une certaine manière. Dans ma démarche actuelle d'ouverture j'étais particulièrement motivé, et là ou en d'autres temps j'aurai cherché à me limiter à mon petit monde actuel et à jouer le bon tonton avec mes neveux et nièces, j'ai pris l'initiative et j'ai donc cherché à découvrir ces inconnus au fasciès familier.
Exercice captivant, on découvre des personnalités, que les uns ont eu une vie agitée et ont pris en main leur destin d'une manière qui vous fait envie, on découvre que les autres ont pris une voie plus que proche de la votre, confort tranquille et tendance frustré.
On se remémore des bribes de l'enfance, on confronte les souvenirs, l'ambiance est bon enfant, teintée d'un brin de nostalgie d'une période pseudo-innocente. Impression étrange et amusante de se souvenir avoir été amoureux d'une cousine il y a 20 ans de cela.
Ce qui me frappe dans ces discussions, c'est que bien que l'on ne se connaisse pas et contrairement à la rencontre d'un quidam, il y a un terrain commun, les liens du sang et de l'alliance facilitent les échanges, en quelques heures vous pouvez évoquer des sujets que la bienséance usuelle vous ferait occulter.
Bon en même temps, je suis conscient qu'on était tous assez partants pour cette redécouverte et que je ne me serai pas livré de la même manière avec d'autres branches familiales.
A quoi bon cette note donc ? Simple constat sur le fait que pour diverses raisons les rapports familiaux sont aujourd'hui passés de mode, rejetés, esquivés.
A mon sens, on passe souvent à côté de rencontres intéressantes et enrichissantes, par ignorance, égocentrisme, fainéantise ou par peur de l'autre, comme dans la vraie vie quoi, sauf que là, à la base, c'est un brin plus facile.
Au final, on se quitte en se disant que ce serait peut être sympa de se revoir avant 10 ans. Il ne tient qu'à nous, il ne tient qu'à moi.
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