Ombre et lumière
le mardi 27 juin 2006, 11:00
Je vois se dessiner au bout de la rue ce lieu si familier.
La clé actionne le mécanisme de la serrure sur un cliquetis métallique.
Je pousse la porte.
Les gonds qui n'ont pas travaillé depuis un certain temps grincent désagréablement et me font serrer les dents machinalement.
La pénombre qui règne alentour associée aux toiles d'araignée qui se prennent dans mon visage dégagent une atmosphère lourde et lugubre.
Cela fait longtemps que je n'ai pas mis les pieds ici.
Le pas hésitant, je trébuche sur le joyeux bordel que j'avais laissé en partant.
Je parviens dans le recoin où se cache le disjoncteur.
A tâtons, ma main recherche l'interrupteur, le trouve, l'enclenche.
La lumière fuse, mes yeux clignent, mon front se ride, il me faut quelques instants pour me réhabituer à la lumière.
Mon regard réinvestit les lieux, redécouvre le chantier que j'avais laissé en plan, quittant les lieux précipitamment.
Il y a tant à faire, la tâche est d'ampleur.
Ouvrir les fenêtres, dépoussierer, ranger, classer les dossiers en attente, lancer les invitations.
Puis se poser, se sentir à nouveau chez soi et laisser mes envies prendre la parole.
Mardi 27 juin 2006, 11h05, après quelques temps d'absence - une éternité à l'échelle internet - ce blog rouvre ses portes.
Bienvenus chez moi.
Cet article appartient à la catégorie 100 états d'âme
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Commentaires
Extraits de Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke : "(...)Seules sont mauvaises et dangereuses les tristesses qu'on transporte dans la foule pour qu'elle les couvre. Telles ces maladies négligemment soignées et sottement, qui ne disparaissent qu'un temps pour reparaître ensuite plus redoutables que jamais. Celles-là s'amoncellent dans l'être : elles sont bien de la vie, mais de la vie qui n'a pas été vécue, qui est dédaignée, comme abandonnée, et qui n'en peut moins causer notre mort. Si notre regard portait au-delà des limites de la connaissance, et même plus loin que le halo de nos pressentiments, peut-être recueillerions-nous avec plus de confiance encore nos tristesses que nos joies. Elles sont des aubes nouvelles où l'inconnu nous visite. L'âme, effarouchée et craintive, se tait : tout s'écarte, un grand calme se fait, et l'inconnaissable se dresse, silencieux. Presque toutes nos tristesses sont, je crois, des états de tension que nous éprouvons comme des paralysies, effrayés de ne plus nous sentir vivre. Nous sommes seuls alors avec cet inconnu qui est entré en nous, privés de toutes les choses auxquelles nous avions l'habitude de nous confier. Nous nous trouvons dans un courant dont il nous faut subir le flot. La tristesse, elle aussi est un flot. L'inconnu s'est joint à nous, s'est introduit dans notre coeur, dans ses plus secrets replis : déjà même ce n'est plus dans notre coeur qu'il est, il s'est mêlé à notre sang, et ainsi nous ne savons pas ce qui s'est passé. On nous ferait croire sans peine qu'il ne s'est rien passé. Et pourtant, nous voilà transformés comme une demeure par la présence d'un hôte. Nous ne pouvons pas dire qui est venu, nous ne le serons peut-être jamais. Mais bien des signes nous indiquent que c'est l'avenir qui entre en nous de cette manière pour se transformer en notre substance, bien avant ! de prendre forme lui-même. (...)"