Je suis l'un des rares habitants de ce beau pays à ne pas avoir adhéré au mouvement d'hystérie collective survenu à la suite des derniers matchs de l'équipe de France.

D'aucuns auront tenté de me bousculer dans mes retranchements et de me convertir mais non, je tiens bon, je fais ma tête de lard.

A différentes reprises, j'ai cherché un peu des arguments à avancer autres qu'un simple simple anti-conformisme.

Car c'est avant tout physique, rien à faire, je ne peux pas, ni regarder le match, ni supporter les "Oh !" et "Ah !" s'échappant des lieux d'habitation, des bars et de tout lieu disposant d'un récepteur de télévision, et encore moins supporter les scènes de liesse populaire qui s'ensuivent en cas de victoire de l'équipe de France.

Alors pourquoi ?

Par principe ?

Parce que je trouve triste qu'il n'y a que pour trois pelés poussant une balle au fond d'un filet, avec grand talent certes, que la France dans un élan fédérateur est capable de s'enthousiasmer, de laisser tomber le déclinisme, d'oublier le racisme latent ?

Parce que tout ça sent le faux et relève d'une certaine hypocrisie ?

Parce que des millions de gens qui n'en ont cure d'habitude voire dédaignent le foot se trouvent subitement être les plus passionnés des supporters ?

Parce que ceux qui crachaient volontiers sur l'équipe de France en début de coupe du monde les vénère aujourd'hui comme si de rien n'était ?

Parce que tout ça met en exergue une forme de nationalisme arroguant ?

Parce que le foot est le sport qui brasse le plus de capitaux et qu'il s'agit avant tout d'une histoire financière et non de sport ?

Parce que je trouve navrant que le pays organisateur ne se soit pas battu pour l'évènement sportif mais pour l'inévitable croissance qui accompagne une coupe du monde ?

Parce que je suis sidéré qu'un sport si fédérateur, si international, si populaire ne puisse être suivi par certains pays pour des histoires de droits de retransmission télévisée ?

En fait, non, ce n'est pas ce qui m'arrête avant tout.

Je me suis rendu compte hier matin à l'écoute des nouvelles de la nuit que le fond de ma rebellion est un degré plus loin.

Quand j'entends que 500 000 personnes ont envahi les champs élysées.

Quand j'entends qu'une personne est décédée à Paris en chutant du métro.

Qu'une autre est portée disparue pour s'être jeté dans un fleuve suite à un pari sur l'issu du match.

Qu'encore une autre a été blessée à l'arme blanche en sortant d'une retransmission dans un stade parisien.

Quand j'entends que cinq personnes ont été blessées quand un motard a perdu le contrôle de son engin à Paris.

Quand j'ai vu un nombre incalculable de délires et d'imprudences sur un trajet Enghien - Paris après l'un des match.

Je ressens alors la même répulsion que lors des grands rassemblements religieux ou des manifestations extrêmismes survenant régulièrement dans certains pays au nom de tel ou dieu.

Il y a dans cette liesse populaire le même fanatisme, la même pulsion, le même lâcher prise qui peut conduire à tous les extrêmes.

Ici, on célèbre le dieu foot, ses 11 apôtres et le messie Zidane.

L'expression de la plus basse bestialité humaine qui m'insupporte particulièrement.

Fort heureusement, les conséquences n'ont rien à voir et sont plus légères.

Mais c'est bien ce parallèle qui me gène et qui m'empêche d'adhérer à cette fête si je mets de côté le fait que je n'aime pas le foot et que je suis un peu têtu dans mes convictions.

En attendant, si je ne m'intéresse qu'à l'aspect sportif, pour dimanche, je dirai simplement, que le meilleur gagne !