C'est un vendredi soir qu'ils appareillèrent. Un brin en retard, on aurait pu s'en douter.

La destination n'était connue que d'un, objectif insolite.

Cap Nord, Nord Ouest.

Il et Elle font avaler quelques deux cent kilomètres à leur monture métallique, la gomme s'use de manière imperceptible sur l'asphalte.

La nuit est de celles de janvier, une nuit précoce, noire, fraîche, et un peu humide.

On sent bien qu'on approche d'une côte, le vent marin souffle de toutes ses forces et ne les quittera plus pendant deux jours.

Amusante ironie, à mesure qu'ils s'enfonçent dans la campagne normande, l'objet de leur destination aurait pu leur montrer le chemin car c'est là sa fonction première. Il fut bâti pour cela, c'est un phare, le phare de Fatouville. Mais il n'est plus en activité. Revendu en 1929 si ma mémoire ne me trompe pas, il est aujourd'hui une propriété privée, reconvertie en chambre d'hôtes. Un endroit assez étrange pour passer la nuit. Mais gageons qu'un phare les pieds agressés par les vagues, et une chambre en haut du phare rendraient l'exercice un peu plus atypique. Malheureusement, il partage avec le phare de Punta de la Revellata en Corse le titre de seul phare de France proposant le gite au public. Le lendemain matin, le petit déjeuner est servi sous l'escalier en spirale. Une visite du phare est offerte et malgré le ciel couvert, une vue panoramique à 30 mètres du sol est toujours un spectacle enthousiasmant.

Il et Elle reprennent les chemins et les routes sans trop savoir où ils vont.

Petite halte au Havre en quête d'un restaurant mais la promenade d'hiver n'en compte pas contrairement à la promenade d'été selon la mémoire au demeurant assez peu fiable de Elle. Il et Elle pousseront jusqu'à Etretat pour un déjeuner digne de ce nom et une promenade digestive le long des falaises renommées.

Puis Il et Elle ne sauraient s'arrêter en si bon chemin.

L'appel du large les charme et ils passseront les dernières heures de la journée à courrir les affrêteurs de ferries à destination de l'Angleterre. Dieppe, Calais. Chou blanc, tarifs prohibitifs, personnel pas très accueillant, fenêtre horaire insatisfaisante. Il et Elle renoncent finalement et s'échouent dans un petit hôtel de Calais, la ville où la rumeur voudrait que tous les restaurants soient excellents. Alors bon, Il et Elle ne s'amuseront pas à tous les tester, mais ils s'étonneront d'un nombre tout de même assez important de restaurants étranges et inquiétants pour certains. A Calais, on sent la vie nocturne ici, on sent le transit entre l'Angleterre et la France. Certaines brasseries sont ouvertes toute la nuit. Certaines échoppes sont d'une décoration à faire défaillir les plus étranges du marais parisien. Il et Elle tentent l'immersion profonde. Il et Elle dinent dans un pub où la clientèle est on ne peut plus locale. Plutôt sympathique de prime abord mais quand Marinette déprime et que le patron tente de lui faire plaisir il est temps de s'enfuir. Le disque est bien trop insupportable, façon chanteur à succès pour midinette de 60 ans, en tout cas pas à leur goût. Dommage, ce welsh n'était pas mauvais et l'ambiance du départ était assez drôle.

Au petit matin Il et Elle s'écharpent sur le plus grand sujet d'actualité du moment en petit-déjeunant dans un nouveau pub [pas échaudés Il et Elle, pas échaudés] :

  • Il : le chien, c'est con.
  • Elle : Ben pourquoi ?
  • Il : paske
  • Elle : Ben pourquoi ?

[Oui oui, je schématise un peu]

Puis, petit tour de Calais, ville à l'architecture très bétonnée, nouveau phare, une belle plage longue et un bon paquet de mouettes et de goélands.

Ne tenant pas en place, Il et Elle repartent à l'assaut des Caps Nez, le Gris et le Blanc.

Nez sans doute car sortes de promontoires avançant sur la mer mais fort probablement aussi car une promenade sur ces nez ne laisse pas le vôtre indemne.Boite de mouchoirs indispensable tant le vent y est violent. Ces petits tracas bêtement humains mis de côté les Caps Nez offrent de beaux paysages et on comprend le classement du coin en parc naturel régional. Les migrateurs ne s'y trompent pas non plus, c'est un passage d'une grande route migratoire.

Le Cap Griz Nez et le soleil couchant offrent à Il et Elle un beau spectacle de fin de journée et c'est la tête pleine de chaudes couleurs et le corps tout froids qu'ils reprennent la route.

Perpétuels insatisfaits, Il et Elle ne pourront pas s'empêcher de pousser jusqu'au Touquet afin de découvrir cette ville qu'ils ne connaissent pas. Il et Elle y découvrent une sorte de Disneyland marin tant tout ici semble parfait et surfait, les rues marchandes débordent de boutiques luxueuses. Une foule importante s'y presse d'ailleurs, c'est tellement classe de venir faire les soldes au Touquet ! Il et Elle repartent non sans jeter un dernier coup d'oeil qui se transformera en un dernier cliché. Le phare du Touquet est une nouvelle fois immortalisé, la pluie ne peut pas s'empêcher de taquiner l'objectif de l'appareil photo.

Enfin, Il et Elle rentrent sur Paris, guidés par un nouveau phare, celui de la Tour Eiffel.