L'éveil
le dimanche 11 février 2007, 00:23
Il fait encore nuit... Ses sens s'éveillent les uns après les autres. Son instinct ne la trompe pas, l'aube est proche.
Une sonnerie retentit. C'est l'heure du réveil contraint. Cinq âmes émergent rapidement et se tirent de leurs draps. Ils savent que le temps leur est compté.
Ses membres sont encore tout engourdis par la fraîcheur matinale. Elle s'étire, marche, et sautille pour y remédier. Soudain un imperceptible changement s'opère, la lumière naturelle a légèrement augmenté.
Ils sautent dans leurs vêtements, tentent d'éveiller leur esprit autant que leur corps. A peine le temps d'avaler quoi que ce soit, leur calcul était erroné, ils leur faut partir. Ils prennent place à bord de la voiture qui les conduit aussi vite que possible au lieu convenu.
C'est le signal, l'excitation l'envahit totalement. Les premières lueurs du jour lui permettent de découvrir les milliers de congénères qui l'entourent. Au calme monastique succède un moment d'intense agitation rythmé par une mélodie envoutante.
Ils trouvent ces quinze minutes interminables. Bien qu'encore un brin endormis, ils sont content d'être au rendez-vous. Ils filent à travers la campagne, enchaînent les routes désertes à cette heure. Quand l'un interpelle les autres "là"
La fête bat son plein. Elle a beau vivre ça quotidiennement depuis deux semaines, c'est un jour spécial. Il y a eu de nombreuses arrivées la veille et leur nombre a été multiplié par trois ou quatre. Elles partent les unes après les autres, multiples grappes allant de la dizaine à la centaine.
Il est grand temps. Le véhicule oblique sur la digue où de nombreux observateurs ont déjà pris place. Ils sortent, s'équipent et s'installent au coeur du spectacle.
Une grande émotion l'envahit, c'est l'effet du nombre et l'ennivrance des chants. C'est son tour, elle s'élance avec son petit groupe. Elle court, court, et sa puissance musculaire l'élève dans les airs. Elle aime observer la rougeur du disque solaire encore masqué par l'horizon.
Ils aiment observer la rougeur du disque solaire encore masqué par l'horizon. Le lac révèrbère cette lumière et accroit l'émerveillement. Les milliers d'oiseaux mouchetant le ciel rougeoyant accroissent l'émerveillement. Objectif atteint, ils ne regrettent pas la chaleur de ce lit qu'ils ont quitté précipitamment.
Elle vole entourée par les siens. L'air glisse sur ses plumes, elle en joue, puis prend sa place dans le groupe. La faim leur rappelle leur mission quotidienne, gagner les champs alentours. Se nourrir, se nourrir et cumuler des réserves d'énergie, la migration n'est pas achevée. Ce lac n'est pour elles qu'une étape, il leur faudra bientôt repartir, route au sud ouest.
Ils lèvent la tête, un petit groupe les survole de près.
Elle baisse la tête, d'étranges animaux sont amassés au sol.
Eveil des [grues cendrées - Lac du Der Chantecoq - 22 octobre 2006 - 7h55 - Observateurs : Cécile, Sébastien, Nell, Virginie et moi-même]
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Commentaires
C'est très finement écrit. Les deux points de vues fonctionnent bien, l'effet de style reste léger. Tu es à l'aise avec le déroulement naratique ce qui me pousse à t'encourager pour t'essayer sur une histoire entière, une nouvelle (?). Ton écriture se prète à plus d'espace je pense. A suivre…
Je ne résiste pas au bonheur de te lire, surtout sur un sujet qui résonne autant en toi. Ce texte est la preuve que la passion porte en elle l'écriture spontanée. Alors, contrairement au commentaire précédent, je ne ferai pas de remarque stylistique, mais t'invite, avec gourmandise, à venir participer à un de mes atelier d'écriture !
Texte très visuel, mots choisis avec finesses.l'espace d'un instant j'ai décollé avec elle. J'aime beaucoup.
Excellent souvenir ! Et je trouve effectivement que ton texte rend parfaitement l'ambiance de cette matinée.