"It's hard to be a cat in this fucking town" chantent Bertrand Belin & Olivia Ruiz dans les métamorphoses de Mister Chat [oui, je prescris].

Ce soir, là, attendant depuis plus de trois quart d'heure dans la salle d'attente de mon otho-rhino-laryngologue, afin de pouvoir extraire ce vilain champignon ayant pris ses aises dans le conduit auditif de mon oreille gauche, j'ai envie de crier "It's hard to be a fucking Human in this fucking world" !

Oui, là, alors que je suis bien inconfortablement assis dans cette chaise façon années 60, il y a comme un soupçon d'énervement en moi.

Depuis quelques jours, je collectionne les articles abordant la course à la production de appellations de carburants "propres", "bio"carburants, "bio"diésels, carburants "verts", "bio"éthanol, "bio"gaz et autres carburants produits à partir de cérales et autres plantes.

La ruée vers l'or blanc que j'évoquais en février dernier n'a pas grand chose de comparable à la nouvelle ruée vers l'or vert.

Sur le papier, c'est formidable !

Face aux changements climatiques qui s'opèrent et que plus grand monde ne conteste, face à la fin annoncée mais pas encore imminente du pétrole, les gouvernements se bougent enfin.

Réduction des émissions de CO2 et de gaz à effet de serre, développement des énergies renouvelables, mobilisation des industries pétrolières, automobiles et de production d'énergie. Le président Bush lui-même pourtant si opposé au protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de CO2 a fait des biocarburants une des principales orientations énergétiques des Etats-Unis afin de réduire leur dépendance vis à vis des pays producteurs de pétrole. L'objectif annoncé est de réduire la consommation d'essence de 20% dans les 10 prochaines années, ce, notamment en recourant aux nouvelles alternatives essentiellement représentées par les biocarburants.

La France et l'Europe ne sont pas en reste. Un rapport du Ministre de l'agriculture nous informe d'un objectif de 7% de biocarburants à l'horizon 2010. La commission européenne a fixé quant à elle un objectif de remplacement de 5,75% des carburants classiques par des carburants de substitution d'ici 2010 et de 20% à l'horizon 2020.

Alors champagne ! La planète est sauvée, la pollution au carbone un presque vieux souvenir, et bientôt nos voitures fleureront le printemps au sortir de leurs échappements.

Quand on creuse un peu le sujet, ça se complique.

Il ne faut plus parler de biocarburants mais d'agrocarburants.

En résumé, si l'utilisation des biocarburants réduit considérablement les émissions de CO2, il en va bien autrement de leur production. Les rapports sont controversés [Existe-t-il des énergies sans CO2 ? et Que pouvons nous espérer des biocarburants ?] mais pour résumer :
=> la production de la majorité des agrocarburants consomme une énergie fossile non négligeable pour la culture des plantes (tracteurs, fabrication des engrais)
=> il y a des émissions de gaz à effet de serre lors de l'épandage des engrais
=> la surface nécessaire à une généralisation des biocarburants est supérieure à la surface disponible et risque d'accroître les problèmes de déforestation et d'agriculture intensive aux dépens des cultures destinées à la consommation humaine
=> la course à la production de biocarburants génère de nouvelles aberrations sociales et économiques [Pour abonnés seulement cet article de Courrier International dresse le bilan désastreux de vingt ans d'exploitation proche de l'esclavagisme des coupeurs de canne à sucre au Brésil, Pour abonnés seulement cet article de Courrier International expose comment l'utilisation du Maïs aux Etats Unis et des cultures céralières et oléagineuses dans le reste du monde provoque une hausse démesurée du coût de ces ressources entraînant de véritables problèmes économiques pour les pays du sud]

La rentabilité de la production des biocarburants est toutefois controversée, des études officielles prônent au contraire leur développement et un avenir radieux grâce à la constante amélioration des rendements et des technologies. C'est notamment le cas du rapport très optimiste signé par le Ministre de l'agriculture et de la pêche et dans une mesure un peu plus modérée du rapport de l'Ifen qui souligne néanmoins les risques de dégradation de l'environnement dûs à une culture intensive.

Pas évident de se faire une opinion, mais il est un ou deux faits qui ne peuvent être eux contestés :
=> la transformation des pays du sud en usine à bioéthanol se fait au détriment des populations locales : exploitation humaine, déforestation, diminution des surfaces cultivées pour la production de nourriture alors que ces pays ont déjà du mal à nourrir leurs populations, etc.
=> on est loin du respect de l'environnement : les productions massives actuelles accroissent les déforestations (brésil, indonésie), l'utilisation d'engrais, l'érosion des sols, la consommation d'eau (exemple effarant du maïs aux Etats Unis), etc.

Fidel Castro lui-même est sorti de sa léthargie maladive pour dénoncer le comportement irresponsable des promoteurs des agrocarburants. On ne peut pas dire que j'adhère à Fidel Castro et à son régime mais pour une fois, je ne suis pas complètement étanche à son discours.

Un certain nombre d'associations militent également contre l'utilisation des biocarburants.

Plus incroyable encore, cette annonce de l'entreprise ConocoPhillips de produire de l'énergie par combustion de graisses animales. Quand on sait que l'élevage est une des plus importantes causes des émissions de CO2, on peut s'interroger sur la rentabilité énergétique d'une telle opération. A quand la production d'énergie par combustion des cadavres humains.

Bref, tout ça n'est pas très glorieux ni très prometteur.

L'énergie avec l'eau et la nourriture est déjà un enjeu géopolitique majeur et ça ne va pas s'arranger.

Et il est loin d'être certain que la fibre écologique l'emporte sur la fibre économique.

Quelques encouragements toutefois, car réduire efficacement les émission de CO2 passant avant tout par réduire efficacement la consommation d'énergie, cela revient également à réduire les coûts pour les entreprises. Et celles-ci semblent déjà l'avoir compris profitant au passage d'une communication écologique positive pour leur image. [Voir cet article de Courrier International réservé aux abonnés montrant comment de grandes multinationales tirent profis des réductions de consommation d'énergie doublées d'une image positive de respect de l'environnement].

Au final, je partage pour opinion que le choix du nucléaire n'est pas forcément si mauvais. Seul le retraitement des déchets est vraiment problématique et si d'ici 100 ans on parvenait à maîtriser la fission...

Bon, tout ça ne nous dit pas pour qui voter hein, quoi que :)

Dernier point, les énergies renouvelables ont le vent en poupe.

Initiative intéressante, la société d'intérêt collectif Enercoop [Article sur Wikipedia], [Site officiel] vient concurrencer l'opérateur historique en proposant une fourniture d'électricité 100% renouvelable. Déjà ouverte aux professionnels, l'ouverture du marché de l'électricité au 1er juillet 2007 permettra également aux particuliers de s'approvisionner en énergie propre. Emballant, évidemment le coût du Kilowatt/heure sera un poil plus cher mais là on pourra vraiment avoir le sentiment de participer à l'effort de guerre. Seul point obscur à mon sens, pas d'informations disponible sur la répartition des types d'énergies entrant dans l'approvisionnement de la société. Difficile donc de savoir si l'énergie propre est véritablement propre, l'utilisation des biocarburants ne l'étant pas vraiment et l'énergie solaire nécessitant une pollution non négligeable dans la production des capteurs solaires.

A suivre...

Addendum de 17h27

La suite plus tôt que prévue, une étude semble t'il universitaire, publiée dans la revue américaine "Environmental Science & Technology", annonce que les pollutions générées par une utilisation massive de l'éthanol aux Etats-Unis comme souhaitée par le président BUSH seraient plus nocives que celles émises actuellement par l'utilisation de l'essence. Ce sont les émissions d'azote qui sont cette fois pointées du doigt, à priori non pas comme une problématique d'effet de serre mais d'augmentation des cas d'asthme, d'affaiblissement du système immunitaire et d'autres problèmes de santé.