Tout commence par un gentillet week end, un week end en famille en Normandie, pas du genre excitant mais plutôt reposant.

Mettons de côté un départ tardif samedi midi pour diverses raisons d'organisation.

Passons encore que le samedi après midi, au moment d'aller faire des courses la voiture de dame Nanou soit en panne de batterie simplement après 4h de fonctionnement intempestif des phares à l'arrêt.

C'est dimanche matin que les choses se corsent.

Ce dimanche matin donc au réveil, après un gentil corps à corps matinal ne visant ni plus ni moins qu'à se souhaiter bonjour, voici ma chère et tendre prise de vilaines douleurs.

Le genre de vilaines douleurs qui vous prennent au bas ventre et qui vous tordent régulièrement en deux ou en trois.

Assez rapidement, la douleur devient forte.

Après de multiples tergiversations sur la meilleure marche à suivre et le constat évident qu'aucun médecin n'acceptera de se rendre à la Datcha, paisible résidence située au fin fond d'un détour du bocage normand, je hisse 1983 dans mon carrosse, position totalement incongrue.

Je prends le chemin des urgences de Verneuil sur Havre, les plus proches.

Très bien accueillis, voici 1983 prise en charge.

Echographie, analyse.

La médecine écarte des pistes, formule des hypothèses, prescrit et réalise des analyses.

Une première échographie laisse apparaître un liquide anormal présent dans l'abdomen et dans le cul, le cul de sac de Douglas, pas celui de ma belle.

Bref, tout laisse à penser qu'un kyste aurait éclaté et que le liquide résiduel serait source de tant de douleurs.

Perfusions et renforts d'antalgiques tentent de soulager notre souffrante.

Nous tenterons mêmes presque rassurés de regagner le logis familial mais des vertiges à répétition auront raison de cette assurance mal fondée.

Le fait est que face à des douleurs qui ne passent pas malgré les soins et les antalgiques et face à un gonflement impressionnant de l'abdomen de 1983, nous ne pouvons qu'exprimer notre constat d'une non amélioration de la situation voire d'une inquiétante dégradation.

Le médecin de garde décide alors de transférer 1983 sur l'hôpital de Dreux plus à même d'approfondir les analyses et de traiter le mal.

Nous attendrons près de trois heures la venue de l'unique ambulance de garde sur le département à même de transporter les malades en ce jour de repos dominical disputant aux autres dimanches aoûtiens le titre de dimanche estival le plus automnal.

Lorsque enfin l'ambulance arrive, il est déjà près de 21h.

L'abdomen est si enflé que les deux ambulanciers me demanderont cocassement si madame est à son terme.

Nous n'étions pas vraiment au bout de nos peines.

Les ambulancier chargent difficilement 1983 dans leur véhicule et j'entreprends de les suivre avec ma voiture jusqu'à l'hôpital de Dreux.

Je crois bien qu'il s'agit là de ma plus grisante expérience de conduite depuis cette année 1992 où je reçus aussi fièrement que peut l'être un jeune de 18 ans le précieux sésame rose.

Je me souviens bien de cette folle escapade à 200 km/h sur une autre route de normandie un week eAnd où je n'ai miraculeusement enterré que ma vie de garçon mais tenter de suivre cette ambulance de Verneuil à Dreux ravit la première place de mon podium de l'adrénaline automobile.

Lancés à pleine vitesse, dépassant allègrement de 20 à 30 km/h la vitesse limite, dépassant les véhicules un coup d'une bande blanche, un autre par les zébras, une autre fois profitant de l'embardée du véhicule provoqué par la vue de l'ambulance et l'audition de son avertisseur sonore, j'ai suivi. Avec le recul, je réalise que cette prise de risque fut un brin inutile.

A force de jouer avec le feu, celui-ci me punit. Un bruit très dérangeant et une vibration plus qu'anormal de la voiture m'ont contraint à abandonner la poursuite.

Un pneu vient d'éclater. Vous n'imaginez pas et j'ai peine à me remémorer par quel miracle il est possible de suivre une ambulance roulant rapidement sur quelques centaines de mètres afin de lui faire comprendre que le véhicule qui l'accompagne est en difficulté et souhaiterait assistance.

Bref, l'insistance de mes appels de phare parvient à stopper l'ambulance et, si ce n'est l'inévitable "ya des jours on ferait mieux de rester coucher" lancé par un des deux comiques ambulanciers, je rejoins 1983 à bord de l'ambulance et j'abandonne ma voiture sur le bas côté de la N12.

La course reprend et je me dis vu de l'intérieur qu'il est préférable qu'ainsi allongée sur le brancard, et disposée de sorte à ne pas voir la route, ma douce ne profite pas du spectacle.

Vu l'humeur de notre destinée ce week end, je n'aurai pas été surpris de subir un accident supplémentaire.

Bien heureusement, nous finissons par arriver rapidement à bon port.

A nouveau, nous sommes pris en charge par une équipe médicale avenante.

Bien que surpris par notre arrivée tardive et passablement irrités de ce que 1983 ait put se nourrir depuis le matin, l'équipe met en place la suite des opérations.

Nouvelle échographie. Fortes douleurs.

Nous découvrons ainsi le cri de douglas, sorte de râle de douleur assez typique de l'occupation du cul de sac de Douglas par une importante quantité de liquide humoral.

Le verdict tombe, à son grand désarroi 1983 doit se préparer pour le bloc où une cœlioscopie lui sera pratiquée.

Départ pour l'intervention à minuit, à cette heure, l'anesthésie générale se substituera pour ce soir au crime.

Retour en chambre après réveil de l'anesthésie générale vers 3h.

Un kyste ayant éclaté a provoqué une hémorragie interne que l'intervention a nettoyée puis cautérisée.

Tout devrait aller mieux à présent. Cela semble le cas au petit matin.

Nous passerons ensemble la journée à l'hôpital et 1983 devrait encore y rester au moins jusqu'à demain.

J'ai récupéré mon véhicule dans l'après midi, la nuit dernière j'avais réussi à le faire rapatrier par téléphone sur un garage de la région.

Je passe aussi le moment absurde de la confusion administrative. De M. V je passe à M. B, mari de 1983. Dans ces cas, cela n'a pas vraiment d'importance. Je ne me vois guère me lancer dans une explication du type "Ah ben non, voyez-vous, étant chacun mariés de notre côté nous vivons une relation adultère totalement épanouie et dont nos époux et épouses sont parfaitement informés. Je crains que cela ne jette un certain froid".

Cette confusion sera réparée à la saisie administrative du lendemain matin.

J'espère vivement pouvoir continuer à rire un peu de ces dernières 48h dans les temps à venir...

Il est évident que ce type d'expérience vous marque, vous rappelle la vulnérabilité humaine et vous invite à l'humilité.

Outre l'apprentissage de nouveaux termes médicaux, ce type d'expérience suscite également une nouvelle fois mon admiration et un profond respect pour ces métiers de l'urgence vitale.

On oublie trop souvent que ces personnels, souvent soumis à des conditions proches de l'exploitation, se donnent corps et âme dans un métier parfois ingrat face à l'échec ou à une violence ou une détresse dont ils ne sont pas responsables.

Prompt rétablissement 1983, à demain.