L'informatique me rend-il service ou suis-je le jouet de mes jouets ?

Non, je n'évoque pas une suite de Terminator ni l'avènement des fantasmes d'Isaac Asimov (bien que certains y travaillent), je me pose simplement la question là, ce matin.

Qui est l'esclave ?

Prenons un peu de recul.

Certes, mon bel ordinateur me sert pour tout aujourd'hui.

Il me permet de faire mes achats, de me documenter, d'écouter de la musique, de récupérer des séries que je ne pourrai que très difficilement voir autrement, d'échanger avec quelques amis, de travailler, d'organiser mes vacances, mes loisirs ou de trouver ma nouvelle voiture.

Bref, puis-je encore vivre sans ce formidable outil qu'est mon vaio en dépit du fait qu'ayant pris le modèle 17 pouces il m'explose le dos quand je joue la fibre écolo et me déplace à pied ou en vélo ?

Ajoutons à ça les applications dites sociales abusivement et habilement marketées Web 2.0 (pour ceux à ce concept aurait échappé, je vous conseille le hors série de Courrier International sur la révolution 2.0).

Les blogs, del.icio.us, technorati, igoogle, yoono, eBay, Priceminister, youtube, Sellaband, Wikipedia, Flickr, Digg, Myspace, Netvibes, les excuses ne manquent pas de pour se noyer dans ce foisonnement d'informations et de désinformations, de culture et d'abrutissement, de socialisation et de désocialisation.

Considérons également que je suis tombé dedans au sortir de l'adolescence, tombé par hasard sur ce média émergeant pendant mes études, mon premier boulot fut au coeur du décollage du Web. J'ai participé à cet essor, pris dans la folie des startups, je m'y suis donné corps et âme avec plus ou moins de réussite à l'arrivée.

Aujourd'hui, je baigne toujours dans ce milieu mais avec un peu plus de mesure, les projets que je développe sont généralement des projets d'entreprise, rentables, relativement rationnels.

Alors de quoi je me plains ?

Dois-je considérer que l'échec de mon mariage découle de mon investissement démesuré dans un boulot phagocytant ou simplement du fait de ne pas avoir ouvert les yeux assez tôt sur ce qui devait arriver ?

Pourquoi est-ce que je ne me débarasse pas une fois pour toutes de cet engin sur lequel je vais perdre des heures à trouver des idées de sortie ou de week end - souvent en vain - alors qu'il serait si simple de partir à l'aventure et de se laisser guider à l'instinct ?

Est-il raisonnable et mature de se laisser aller à une excitation enfantine à l'idée de changer de pc ou de s'acheter le dernier gadget à la mode ?

Comment accepter le pouvoir exercé par un logiciel comme Picasa de Google. Ce programme de gestion de photos me permet de faire défiler toutes mes photos classées chronologiquement. Près de 10 ans d'archives. Quand je me hasarde à parcourir toutes les photos comme aujourd'hui je suis pris de vertige et d'inévitables errances intérieures savamment occultées ressurgissent sournoisement.

Seul face à mon ordinateur, est-ce que je vais mieux ou est-ce que je m'enfonce dans mes méandres ?

En attendant de trancher cette question d'une haute importance métaphysique, en ces temps où les commerces, les grands comme ceux de proximité, deviennent invivables, Internet me permettra d'éviter en partie l'hystérie collective qui gagne mes contemporains, c'est déjà ça.