Murphy, sors de mon corps !

Elle n'avait pourtant pas si mal commencée cette semaine, journée tranquille chez mon client préféré, à trente minutes de mon lit - compter quinze minutes pour se sortir du lit, s'habiller et le minimum d'hygiène conformément au syndic concubinal plus quinze minutes de trajet. Petite journée, rentré pas trop tard, bref, de quoi casser un peu le rythme infernal qui caractérise mon quotidien du moment.

Puis direction l'Olympia pour "Lâa soirée Jazz de l'année" comme la rengaine radio de TSF nous l'a rabâché tout au long de la soirée You and the night and the music. Plus de 3h avec les jazz band qui, selon la radio spécialisée, ont marqué les douze mois de l'année écoulée. Du bon son, assez varié, mélange de révélations et de valeurs sûres. Une découverte pour moi ce soir : le violoncelliste israélien Avishai Cohen. Plus attendus à mon niveau Elisabeth Kontomanou, Stéphane Belmondo, et Jean-Jacques Milteau m'ont régalé. Et s'il s'agissait de "Lâa soirée Jazz de l'année", il s'agissait aussi de "Lâa soirée bordélique de l'année". Le concert démarrant vers 20h30, la salle s'est remplie de manière continuelle pendant au moins une heure, du grand n'importe quoi. Et le grand n'importe quoi reprend à 20 minutes de la fin où de nombreuses personnes quittent la salle par vagues successives. Quant au grand moment de cette soirée, il eût lieu au retour de l'entracte où, pendant qu'une chanteuse à la voix déroutante captivait son public un olibrius désemparé se mit à héler sa douce d'un "Jocelyne ! Jocelyne, t'es où ? ... Ben oui ... j'suis perdu !". Fascinant.

Mardi, ça va, journée de boulot chez mon client énervant, une longue journée plein de merdes à gérer mais bon, rien de bien inhabituel dans cette société où transitent chaque jour des millions d'euros mais où tout le monde semble dépassé. Tout va donc jusqu'au soir où une nouvelle sortie nocturne nous poussera voir le spectacle des Bonimenteurs. Un duo qui fonctionne à l'improvisation à partir de thèmes lancés par le public et je m'endors fatigué mais presque serein.

C'est mercredi matin que les ennuis commencent. En fait tout s'était joué dimanche, quand garant ma voiture je ne pris pas garde aux veilleuses restées allumées. Trois jours plus tard, au petit matin, un programme bien chargé devant moi, forcément la batterie était vide. Adaptation à la volée du programme de la journée, le client du matin sur Paris se transforme en client pour la journée, celui de la lointaine banlieue sera pour demain. Et demain matin, je câblerai la voiture avec l'aide d'un collègue et tout rentrera dans l'ordre. Une journée habituelle de travail se passe, gestion de merdes, correction de merdes, le rituel d'un projet de merde. Ah, j'oublie l'épisode où je tente de louer une voiture et où tout Paris semble s'être jeté sur les voitures de location au point d'en épuiser le stock. Tiens sauf Saab Rent qui a une dernière Saab Cabriolet disponible. Chouette, voilà une bonne nouvelle. Bonne nouvelle qui s'évanouit lorsque la gentille dame m'informe que ma carte bancaire ne supporte pas la tentative d'empreinte sur un plafond de 2000 euros. 2h perdues pour rien. Gardons le moral, une soirée sympathique entre amis s'enchaîne dans un restaurant brésilien, les caïpi et les rires m'aident à relativiser.

Jusqu'à ce jeudi matin, où à 7h le plus sur le plus et le moins sur le moins, je mets le contact, je vois le s'illuminer mon tableau de bord mais mon fidèle véhicule refuse de démarrer. Le problème de batterie vide a migré en un problème un peu plus complexe. Là, il me faut une voiture d'urgence car je dois aller chez mon client de banlieue pour une nouvelle mise en ligne et enchaîner avec la garde de ma fille ce soir. C'est dans ce genre de cas que l'on se souvient qu'on a des parents. Merci cher père de me dépanner d'une de tes deux voitures. Je vous passe le comment je vais récupérer cette voiture et je parviens chez mon client à 11h. La journée se poursuit d'arrache pied et tout se passe assez bien finalement jusqu'à me permettre de vous conter mes misères une fois ma fille couchée dans ma grotte enghiennoise. Je dis bien grotte oui, car il ne fait pas 12 degrés dans un appartement. Oui, d'habitude, je parviens à passer avant pour chauffer l'appart innocupé 6 jours de la semaine. Mais pas aujourd'hui et 12 degrés, comment dire, c'est très frais.

Demain est un autre jour hein, enfin, si Lise et moi ne sommes pas cryogénisés d'ici là.