Avant que le monde ne sombre totalement dans la déprime économique que l'on sait, sorte de réaction salvatrice d'assainissement (on peut en douter), bref, il y a en gros un mois, on parlait pas mal de rentrée littéraire.

Et depuis une dizaine d'années, la rentrée de la bande dessinée vole de plus en plus la vedette à la rentrée littéraire. Cette mise en avant se fait d'abord naturellement à travers les chiffres indécents affichés par ce secteur : pensez-donc, un article du monde du livre relate qu'il se vendrait deux fois plus de bd que de romans. Toujours d'après cet article, pour les mois de septembre et d'octobre près de 1000 bd traditionnelles et 450 mangas se bousculent sur les étals des librairies, spécialisées comme généralistes. Autre exemple, le classement du magazine livre hebdo pour la semaine du 15 septembre porte Titeuf et Naruto en tête des ventes de livre. Et au delà des chiffres, il est assez flagrant de constater combien la bd s'est démocratisée, voire pire encore, comment ce média en devient presque aussi désagréablement omniprésent que notre aimé chef de l'état.

Bon, je m'égare, je m'égare, objet de la note, face à l'avalanche de titres, petite synthèse de mon année de BD, et focus sur les titres de septembre.

Pour commencer et donner une idée de ma liste de lectures, voici en vrac une liste des titres que j'ai lus voire dévorés depuis le début 2008 (tous les albums ne sont pas pour autant forcément des sorties de cette année) :
=> Kenya 5 par Rodophe & Léo chez Dargaud
=> Blake & Mortimer par Juillard & Sente - Le sanctuaire du Gondwana chez Dargaud
=> Les gardes Fou par Bezian chez Delcourt
=> Bienvenue à Boboland par Dupuy & Berberian chez Fluide Glacial
=> IRS tomes 9 & 10 par Vrancken & Desberg au Lombard
=> Trois ombres par Cyril Pedrosa chez Delcourt
=> Arcane Majeur tome 5 par Pecau, Damien et Tenderini chez Delcourt
=> Spirou, Le journal d'un ingénu par Emile Bravo chez Dupuis
=> Le combat ordinaire Tome 4 par Manu Larcenet chez Dargaud
=> Miss Pas Touche Tomes 1, 2 & 3 par Hubert & Kerascoët chez Dargaud
=> Empire USA Tome 1 par Desberg & Griffo chez Dargaud
=> Vinci Tome 1 par Convard & Chaillet chez Glénat
=> Spirou, Le tombeau des Champignac par Tarrin & Yann chez Dupuis
=> Les funérailles de Luce par Springer chez Vents d'Ouest
=> Ghost Money Tome 1 par Smolderen & Bertail chez Dargaud
=> Siegfried Tome 1 par Alex Alice chez Dargaud
=> Le sourire du clown Tomes 1 & 2 par Brunschwing & Hirn chez Futuropolis
=> XIII Tome 18, la version irlandaise par Giraud & Van Hamme chez Dargaud
=> XIII Tome 19, le dernier round par Vance & Van Hamme chez Dargaud
=> Lost Girls par Alan Moore & Melinda Gebbie chez Delcourt
=> India Dreams, l'intégrale petit format par Maryse & JF Charles chez Casterman
=> Death Note Tomes 1 à 11 par Takeshi Obata chez Kana
=> Dernier soupir Tomes 1 & 2 par OKAZAKI Mari & ISSHIKI Nobuyuki chez Akata
=> Premières fois par Sybilline et un collectif de dessinateurs chez Delcourt
=> L'auberge du bout du monde, intégrale petit format par Oger & Prugne chez Casterman
=> Sillage Tome 11, par Morvan & Buchet chez Delcourt

Donc je ne me suis pas amusé à compter, mais ça fait quand même quarante et un albums de vingt quatre séries ou "one-shot", dans des formats très variés, soit une belle pile de BD comme je les aime.

Ok, je recadre, je recadre, après cette avalanche de titre et de chiffres, voilà où je veux en venir. Forcément, chacun a ses goûts et je n'échappe pas à cette règle (hein Seb ;). Et pour autant que je peux, les BD que je lis correspondent généralement à mes goûts. Et bien, j'ai beau avoir pris pas mal de plaisir dans toutes ces lectures, seules quelques unes m'ont vraiment marquées, comme quoi, une bonne BD ce n'est pas si fréquent que ça ! Pour précision, quand je dis qu'une BD me marque, c'est qu'avec le temps, je suis encore capable de raconter l'histoire et de visualiser le style graphique dans ma tête. Quand je suis capable de ça, généralement c'est que je suis fan.

Voici donc le florilège de mon cru 2008.

Death note D'ordinaire, le manga n'est pas mon genre de prédilection mais Death Note a réussi à me captiver dès le premier tome. Quand un lycéen brillant trouve un cahier donnant le droit de vie et de mort sur toute personne, que va-t-il décider ? Manga à succès, une véritable deathnotemania s'est emparée de cette série aux multiples produits dérivés comme des animés et des films. J'ai trouvé la série très bonne jusqu'au tome 7. Après, ça fait un peu j'exploite le filon.

Le combat ordinaire, tome 4, Planter des clous J'ai déjà fait une note sur cette excellente série. Ce quatrième opus clôt la série avec brio, je ne me lasse ni du dessin, ni de l'histoire, ni des dialogues. Chronique d'une vie ordinaire dans un monde pas toujours très sympa, beau, grinçant, fan.

Le sourire du clown Là aussi, j'avais déjà fait une note sur une série de Hirn & Brunschwing, le pouvoir des innocents. Ca faisait un moment que je voulais me procurer cette série et je n'ai pas été déçu. Le talent des deux auteurs à montrer comment les travers ordinaires de nos contemporains peuvent dégénérer en quelques instants est toujours là. Ce qui y semble simple ne l'est jamais. Et le rendu graphique est très réussi à mon sens, aussi dérangeant que ce qu'il illustre. Le thème est toujours d'actualité et porteur de clichés, le milieu des cités et des banlieues.

Le journal d'un ingénu Si je ne devais retenir que deux albums cette année, le journal d'un ingénu serait le second. Fan de Spirou de la première heure, disons que les quinze dernières années, je lisais les albums plus par habitude et addiction que par plaisir. Voici quelques années déjà que la série parallèle "Une aventure de Spirou et Fantasio par" m'a redonné un plaisir plus adulte à lire les histoires du groom et de sa clique. Avec le journal d'un ingénu, le travail d'Emile Bravo est assez bluffant. Le scénario est bon, le dessin est bon et fait tout à fait d'époque (l'histoire se passe en 1939), les clins d'œil font plaisir, les dialogues sont bien. Permettre à des auteurs différents d'appliquer leur propre style à un tel personnage est une grande réussite des éditions Dupuis, c'était un pari risqué et pour une fois qu'un éditeur réussi aussi bien une telle initiative, elle mérite d'être soulignée.

Lost girls Là, on est sur un ouvrage un peu hors norme. Le genre annoncé déjà est dérangeant, de l'érotique qui vire bien sur le porno. Mais la réalisation est surprenante. Le scénariste déjà, Alan Moore, parmi les plus primés, auteur entre autre de Watchmen, From Hell, V pour Vendetta, La ligue des gentlemen extraordinaires, etc. La dessinatrice n'est autre que la récente épouse d'Alan Moore et a déjà une carrière assez subversive derrière elle. Le format ensuite, un vrai bon pavé grand format de 317 pages. Le style aussi très vintage. Et enfin, l'histoire, revisiter sexuellement parlant trois contes plutôt jeune public que sont Alice au pays des Merveilles, Peter Pan et le magicien d'Oz à travers l'épanouissement sexuel des trois héroïnes principales est assez osé. Pour finir, difficile de se faire un avis sur le livre, je ne parlerai pas de chef d'œuvre, les choix graphiques comme scénaristiques ne sont pas toujours très fins, mais au vu du reste de la production de ce genre, Lost Girls s'impose comme une bonne curiosité. Dans le style explicitement sexuel, chez le même éditeur, "Premières fois" est aussi une bonne surprise dans ce genre. Le côté collectif d'auteur autour d'un scénariste, tendance mais jusque là réservé à des thèmes plus grand public y est sûrement pour beaucoup.

Trois ombres Je disais précédemment que le Journal d'un Ingénu serait le second des albums à retenir s'il ne fallait en retenir que deux. Trois ombres serait pour moi le premier. Un voyage poétique, superbe parabole sur un des thèmes les plus douloureux à mes yeux, la mort d'un enfant. Les dessins et le scénario se marient parfaitement, on met un certain temps à comprendre ce qu'il se passe, j'ai été totalement touché. Le noir et blanc apporte une pureté et souligne le côté inquiétant de l'histoire. Comme dans un bon film, on entre dans l'histoire à la première case, on ne comprend pas bien ce qu'il se passe mais on s'attache aux personnages, puis tout démarre sur les chapeaux de roue et on reste scotché jusqu'à la fin, où l'on est libéré dans la douleur et dans l'espoir. A lire également "Les funérailles de Luce" sorti à peu près à la même période sur le thème de la mort et traité aussi en noir et blanc mais dans un style un peu plus réaliste.

Miss Pas Touche Sur la troisième place des BD mémorables je placerai la série Miss Pas Touche que j'ai dévoré récemment. L'ambiance 1900, le fantasme maison close, le caractère de l'héroïne, le scénario bien construit et la mise en scène très fluide m'ont mis sous le charme de Miss Pas Touche. Un univers très atypique. La série était à la base un diptyque mais il semble que les auteurs se soient attachés à leur personnage et prolongent leur plaisir et le notre. A espérer que Miss Pas Touche ne finisse par y toucher.

Allez, pour finir, tant qu'on parle BD, jetez un oeil sur le blog de boulet, un des blogs bd vedettes de la toile. Regardez sa note du 27 septembre 2008. Elle m'a provoqué, plus qu'un sourire.