Tu ne siffleras point…
le dimanche 19 octobre 2008, 01:47
Voici donc que la planète football tremble en ce moment suite à cette terrible affaire de spectateurs du match amical France - Tunisie sifflant avec force notre bel hymne national, la Marseillaise. Tiens au passage, vous saviez vous que l'hymne révolutionnaire avait été écrit par Rouget de Lisle à Strasbourg ?
Bon bref, en gros, une interprète de talent entame les paroles de l'hymne national et une grosse poignée d'insolents se met alors à le siffler au risque de contrevenir à la loi de 2003, délit d'outrage au drapeau français et à l'hymne national.
Alors bon, bien sûr, la réaction ne se fait pas attendre. Le plus haut représentant de l'état, à l'origine même de la loi de 2003 fait sa crise, puisque c'est comme ça, la prochaine fois, le match sera interrompu. Scénario encouragé par notre premier ministre, et entériné par la Ministre des Sports dans une réunion convoquant le président de la fédération française de football.
La palme de la décision la plus intelligente semble revenir à Bernard Laporte, digne secrétaire d'état aux sports, qui propose de son côté de ne plus jouer de matchs contre les équipes du maghreb en France. Loin des yeux et des oreilles tout ira bien mieux.
Il y en a du monde pour crier au scandale, à l'ignominie, à la honte. Punissons les fautifs, trouvons les coupables. J'ai même entendu dire je ne sais plus où qu'il serait bien d'enlever la nationalité française à tous ceux qui seraient pris à moquer l'emblème national. A quand le retour de la peine capitale pour punir les ennemis de la république. Oui au retour de la Terreur !
Mais dans tout ce vacarme politico-médiatique, je n'entends pas grand monde s'interroger sur les raisons d'une telle situation. Qu'est-ce qui fait que dans un stade, lieu dédié à l'amour du sport, où la chaleureuse fraternité devrait s'imposer entre êtres humains égaux l'espace de deux mi-temps, qu'est-ce qui fait donc qu'une frange des spectateurs conspue l'identité nationale. S'agit-il vraiment de s'en prendre au symbole de la république plus que d'une puérile provocation d'une jeunesse un brin désorientée, s'agit-il bien de jeunes d'ailleurs. Non, je n'ai pas vu beaucoup de sujet traitant des motivations des pseudo "voyous". Le droit de réponse semble ne pas exister pour eux. Il serait pourtant sûrement très intéressant et instructif et permettrait probablement d'élever un soupçon le débat.
Alors il y a bien Platini pour fustiger les politiques et leur utilisation abusive de l'évènement ou encore Lilian Thuram pour commencer à soulever le malaise. Mais je n'ai trouvé que cet article du journal Le Monde pour effleurer un peu mieux le problème sous le titre "ceux qui se sentent français levez le doigt". Comme l'article passera très prochainement en consultation payante en voici un succinct résumé. Un professeur de collège en Seine Saint Denis invitant ses élèves à réfléchir à l'identité nationale pose cette innocente question, "Que ceux qui se sentent français lèvent le doigt". Seules quatre timides mains osent alors se lever. S'ensuivent différents échanges entre blancs, maghrébins, noirs, asiatiques, expliquant le quotidien de leur vie vécu dans la dualité opposant leur nationalité française à celle de leur origine. Tout peut se résumer dans ce constat d'une élève que je cite "Je ne suis pas française, souffle Anissa. Si, de nationalité." Elle hésite, silence dans la classe. "J'en sais rien. Je ne sais pas ce que je suis. Je veux me considérer comme une Française, mais dès qu'on me traite de sale Arabe, ça me perturbe, ça me travaille." Sahra lui vient en aide. "On se sent plus français quand on est au bled, argue la jeune fille, parce que, là-bas, on nous prend pour des immigrés. Mais, ici, on est des Arabes." Anissa : "C'est vrai, on ne sait pas d'où on vient : t'es d'ici, de là-bas, nous sommes un peu de nulle part." Ces jeunes sont un brin paumés et j'ai l'intime conviction que c'est le cas de la majorité de cette France "issue de la diversité" comme on dit politiquement correct.
En attendant, on parle un peu moins de la crise financière, diviser pour mieux régner est à l'ordre du jour de la république, cette belle république dont d'illustres représentants proposent en passant une amnistie pour les français qui rapatrieraient en France les capitaux soustraits illégalement de l'impôt sous réserve qu'ils en fasse prêt à l'Etat français.
Alors comme Manu Larcenet, je me laisserait bien aller à de cyniques sifflets, sauf qu'en ce qui me concerne, ce n'est pas la Marseillaise qu'il me démange de huer.
Cela fait bien longtemps que je ne me reconnais plus dans la notion d'identité nationale, je ne me sens pas français, à peine européen, je suis un citoyen du monde et chaque jour, ce monde me fait un peu plus peur...
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