Je viens de finir la théorie des cordes. Non, pas la lecture des tonnes de publication sur la célèbre théorie de physique, juste le roman éponyme de José-Carlos Somoza.

Et forcément, pour éponyme qu'il soit, il repose sur cette fameuse théorie des cordes, celle qui tente d'unifier au sein d'une même théorie la description de tous les phénomènes physiques observés dans l'univers incluant la gravitation (rejointe par la théorie de la relativité), l'électromagnétisme et les interactions nucléaires. Bref, le travail des physiciens, que l'on ne peut remettre en question puisqu'il se vérifie régulièrement dans la vraie vie, est déjà pour la majorité d'entre-nous du domaine de la science fiction tant il nécessite de se torturer le cerveau pour y comprendre quelque chose. C'était là un beau terreau pour l'écriture d'un roman de SF.

Le postulat de départ de la théorie des cordes est de considérer que les briques fondamentales de l'univers ne sont pas des particules élémentaires telles qu'on nous l'enseigne au Lycée - si si, rappelez-vous, atomes, électrons, photons, protons, neutrons - mais des cordes vibrantes dont la fréquence de vibration serait à l'origine de ces particulaires élémentaires.

L'objet de cette note n'est pas de dresser un cours de physique, j'en suis bien incapable mais d'essayer de comprendre la trame de fond du roman.

Pour finir avec la physique, il existe différentes versions de théories des cordes mais toutes semblent se rejoindre sur l'existence de multiples dimensions - on est plutôt habitués à trois dimensions (longueur, largeur, profondeur), voire à quatre en ajoutant la dimension du temps - jusqu'à 26 pour la théorie originelle.

Pour faire simple, le postulat du livre est le suivant : en filmant une scène ordinaire, on la capture et on est capable de la restituer sous forme de lumière (pour simplifier et en commettant sûrement une interprétation grossière, un film vidéo peut se traduire globalement en une projection de particules élémentaires). Il serait alors possible d'analyser cette lumière pour en ouvrir les cordes de temps et visualiser le lieu filmé dans temps antérieur qui aurait été enfermé dans les dimensions des cordes de temps. Bon, ok, c'est très raccourci mais même après la lecture du roman, je m'y perds un peu ;)

C'est donc là que l'on touche la science fiction, en exploitant de manière moderne l'un des plus vieux mythes du genre, remonter le temps. Sauf qu'ici, on ne fait pas un voyage dans le temps mais on observe le temps comme on regarderait un bon film dans son canapé. Bien sûr, l'intrigue ne s'arrête pas là, l'auteur y ajoute de multiples ingrédients dignes d'un bon thriller comme un projet gouvernemental secret souhaitant exploiter la découverte à des fins inavouées, une psychologie des personnages assez tordue, une ile mystérieuse histoire de donner une trame plus exotique et plus angoissante à l'intrigue, une histoire qui se déroule en allers-retours sur une période d'une dizaine d'années, des vilains pas beaux qui ne sont pas toujours ceux que l'on croit, une trame de sexe récurrente dont il semble qu'un bon roman ne puisse désormais plus se passer, un soupçon d'ésotérisme thème également assez en vogue, un effet secondaire très indésirable de la visualisation du passé où le scientifique touche à l'apprenti sorcier, et surtout des crimes atroces qui font froid dans le dos et qui vont éliminer méthodiquement chacun des acteurs du projet.

Le livre est plutôt réussi, le mélange fonctionne bien et la fascination des possibilités offertes par l'observation du passé liée aux progrès presque sans limite de la science qui permettront peut être un jour d'y parvenir laisse songeur. Pour dire, alors que voici plus d'une dizaine d'années que je ne me souviens plus que très rarement de mes songes nocturnes, je me suis surpris à me réveiller en pleine nuit en proie à un cauchemar très proche de l'univers du livre avec une angoisse persistante même à moitié éveillé.

Je ne résiste pas à une citation d'un passage assez représentatif du délire.

''- Comment est-ce possible demande Victor ? Je veux dire, comment un objet ou un être vivant peut-il apparaître à la fois en deux endroits différents ? - N'oublie pas que chaque corde de temps est unique, Victor, et tout ce qu'elle contient, objets et êtres vivants compris. Reinhard l'explique de façon très curieuse. Il dit que chaque fraction de seconde, nous sommes une personne différente. Notre illusion de rester les mêmes est produite par notre cerveau, pour nous empêcher de devenir fous. Peut être les schizophrènes captent-ils les différences entre les êtres multiples qui constituent notre moi au fil de la dimension temps… Mais quand on isole une corde de temps du passé présent, les objets et créatures uniques qu'elle contient demeurent isolés du cours du temps et… vivent de façon autonome pendant des périodes proportionnelles. ''

Autant vous dire qu'il faut avoir l'esprit assez serein pour entamer la lecture du roman ;)