Merci Koba !
le lundi 10 novembre 2008, 11:59
Mercredi dernier, pour clore les vacances de la Toussaint, nous avons emmené ces deux jeunes demoiselles et le jeune cousin Thomas au beau pays de l'oncle Disney, et merci à Emma au passage de nous avoir procuré une partie des places gratuites. Munis de pass deux parcs, nous avons démarrer par la thématique studio de cinéma et c'est ainsi que nous avons pu gouter aux sensations de la Tour de la Terreur. Cette attraction reconstitue un épisode de la quatrième dimension où un mystérieux hôtel se transforme en lieu de cauchemar après que la foudre se soit abattu sur lui. L'ascenseur après avoir atteint le treizième étage précipite ses occupants vers le niveau 0. Sensations fortes garanties.
Bref, tout ça pour dire quoi, à oui, tour ça pour dire que ce soir, j'ai un peu l'impression d'avoir de nouveau été transporté vers une autre dimension, en moins glauque pour autant.
Tout avait pourtant commencé par un concert assez normal, un peu trop calme d'ailleurs, à l'Européen. Melody Gardot et son quartet s'y produisaient dans un style blues/jazzy bien interprété mais un peu trop sage à mon goût. Alors bon, il n'était bien sûr pas admis de pogoter ni de faire la hola, jusque là, rien de bien suprenant, mais difficile tout autant de marquer le rythme tant l'effet sardine de la mignonne salle vous impose une certaine rigidité sous peine de violenter quatre personnes en ordonnant un mouvement à votre jambe. Alors, on se calme, on écoute la belle à l'histoire singulière et un brin tragique entamer les titres de son dernier opus, parmi lesquels quelques standards, on apprécie le titre purement instrumental où le quartet se lâche et on se laisse bercer. A recommander aux afficionados de jazz vocal mâtiné de blues le tout dans une production de qualité.
C'est un peu après que tout a basculé…
En sortant de la salle vers 21h, nos estomacs furent pris d'une petite fringale. Cherchant un restaurant depuis Place de Clichy, nous descendons la rue de Clichy, puis, nous passons Trinité et toujours sans trouver notre bonheur ce dimanche soir où soit les officines culinaires sont fermées, soit les rues en sont dépourvues, nous atteignons le quartier de l'Opéra. Un souvenir agréable de restaurant japonais nous pousse jusqu'à la rue de la Michodière où nos illusions nous abandonnent face à la devanture close de notre Graal du soir.
Poursuivant notre quête, nos pas nous conduisent tout près de là vers un autre restaurant japonais. Un je ne sais quoi d'un peu plus typique et d'artisanal assorti d'une étrange clientèle nous pousse à passer le pas de porte et à prendre place. La scène est assez mémorable, l'accueil chaleureux nous pousse vers une table adaptée à notre couple, rare place disponible dans cet établissement d'une grosse vingtaine de couverts.
Le lieu est assez étrange, sorte de mélange entre un roman graphique de Taniguchi et l'esprit du père vendeur de nouilles dans Kung Fu Panda. Si la cuisine n'est pas dans la salle principale, sa petite antichambre s'y trouve. Caché derrière un comptoir, c'est un véritable capharnaüm qui s'étale. Casseroles, assiettes, gamelles en tout genre, marmites, récipients remplis de victuailles prêtes à l'emploi s'étalent sur le plan de travail et les étagères. L'ambiance est électrique, les serveurs volent d'une table à l'autre, repassent par la cuisine, reviennent, repartent, puis grand sourire viennent prendre votre commande.
Nouveau détail étrange pour un japonais, il n'y a pas de menu, tout est à la carte et celle-ci diffère assez de la conventionnelle répartition en sushis, sashimis, makis et yakitori. D'ailleurs ici, sushi s'écrit soushi, c'est mignon. On commande, ce sera assortiment de sashimis et tempura.
Durant notre très brève attente, nous avons tout de même le loisir de nous imprégner de l'ambiance et d'observer notre voisinage. Je suis d'abord attiré par un groupe de jeunes rebelles, dont le plus révolté ne cesse de prendre en exemple sa mère dans une sorte de critique vieille comme l'Europe du travailleur exploité et que quand même ce n'est pas lui qu'on prendra à ce piège.
Nous sommes servi à présent. Et nous sommes également lotis d'un cadeau, un assortiments de beignets frits. Sympa.
C'est à présent à ma droite que l'agitation se fait. Les deux couples pures prototypes bobo avec leurs deux mignonnes de moins de deux ans. Ça rit avec des enfants qui ont l'air trop formidables, ça parle des restos japonais du dernier voyage à Tokyo du début d'année. Puis, petite scène mignonne avec l'une des petites qui séduit le patron Koba en s'installant au comptoir pour distribuer aux siens le gateau au thé vert comme s'il s'agissait d'un gâteau d'anniversaire. Séance photo, éclats de rire de Koba, enfant au sourire aussi large que si le Joker s'était chargé de lui faire, le gore en moins.
Houla, le serveur revient, nouveau cadeau : - Kado, Kado ? - oui oui, cadeau. Ok ok, merci.
Cette fois-ci ce sont des aubergines entre le confit et la purée. Très bon.
On pourrait croire que l'on dégage une véritable aura pour bénéficier de tous ces cadeaux mais non, c'est l'esprit de la maison, la table à ma gauche y a droit aussi. Tiens, parlons-en de la table à ma gauche. Quatre personnes, à priori membres d'une même famille en vadrouille en France. A priori d'origine d'un pays du moyen orient. Tenues détendues, sportswear, mais tous armés de PDA envahissant la table. Comme ils ont pris beaucoup de choses, difficile de s'y retrouver entre ce qui est servi, ce qui est mangé, ce qui est cadeau et ce qui a été commandé mais qui n'est pas encore parvenu à la table. Soudain, ça blague, le serveur se fend de quelques mots d'arabes Yallah, Inch Allah, Shoukran. Puis grand moment de flottement, le serveur demande s'ils veulent encore quelque chose. La réponse me saisit. "Bob l'éponge". Stupéfaction !!! Comme ça, Bob l'éponge en réponse à la question voulez-vous autre chose ? J'ai mal entendu. Ah, le bonhomme semble un peu déstabilisé lui aussi et réitère. Euh, voulez-vous autre chose ? Bob l'éponge. La vache, j'avais bien entendu ! Ça se finira un peu en queue de boudin comme on dit, le serveur passant à autre chose. Difficile d'imaginer ce qui a pu se passer dans la tête du mec à ce moment là pour déclarer le plus sérieusement du monde cette réponse farfelue.
De cette scène loufoque, je glisse doucement sur la table suivante. Un couple d'amoureux, mignonne la nana s'est pomponnée. Collant noir, bottes, jupe noire, haut moulant par-dessus lequel un gilet en fourrure synthétique grise froufroute. Ça va butiner après le japonais.
Wow ! Retour à l'insolite. Un japonais un peu bourru, la quarantaine, que j'avais vaguement repéré attablé au comptoir se lève prendre du café. Étonnant déjà, car tous ceux qui ont pris un café jusqu'à présent ont été servi. Ce doit être un habitué. Mais quel habitué. La vision de dos vaut le détour. Le bonnet pour commencer, typique d'un repris de justice de 80 ans à New York - je ne sais pas d'où je sors cette image. Une étrange moumoute complète le col de son blouson vert militaire. Un magnifique jean met en scène deux trous bien placés sur le postérieur que la créature ne manque pas d'exhiber en se baissant pour remplir sa tasse de café. On termine par une belle paire de chaussures, sortes de sabots asiatiques. Et la vue de cet homme se servant du café prend une dimension d'autant plus particulière que la machine à café est elle aussi surréaliste tant par son côté négligée que du tas de vaisselle éparse sous lequel elle peine à émerger.
Tiens notre famille orientale paie et s'apprête à quitter les lieux. Echanges infinis de politesse. - Aligato - Shoukran - Aligato - Shoukran
Ils sont suivis de près par les deux couples bobo dont la sortie en fanfare est avant tout due à leurs deux charmantes bambines. Les salutations d'usage laissent entendre qu'ils sont familiers des lieux : - merci Koba, à bientôt ! - Aligato, aligato !
Tiens, voilà notre troisième cadeau, deux parts de gateau au thé. - Cadeau, cadeau ? - oui oui, ok.
Le temps passe, la salle se vide un peu et le rythme ambiant baisse un peu, les serveurs se détendent. C'est bientôt notre tour de partir, nous nous levons, et c'est le sourire aux lèvres que nous quittons les lieux, sans un dernier coup d'œil aux personnages, au décor abracadabrant.
Merci Koba, et à bientôt.
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Commentaires
pas mal. J'aime bien comme tu "glisses" d'une table à l'autre. J'ajouterai deux choses :
la première est que le bonnet du repris de Prison Break affichait sa virgule. La seconde est qu'en sortant, un couple inclassable, curieux comme nous, nous sonda (sans doute en voyant notre air de descendre d'une soucoupe) sur le dit lieu. Peut-être ont-ils eux aussi tenter l'aventure.
Bel exercice en tout cas.
A réitérer.
V.
j'ai une amie fan de jazz je suis sure que le concert lui aurait plus. Je vais d'ailleurs lui demander si elle connait. Sinon on regardera sur Google.