Tout a démarré quand j'ai reçu ce sms en pleine réunion d'expression de besoins sur le service de radiocommunication à mettre en place pour le nouveau département contrôle de la RATP. "Un message du Nabaztag : jveux pas aller sur ebay… Pitié pas ça"

J'aurai dû prendre ça pour un signe au lieu de l'ignorer pour m'empresser de m'interroger sur l'opportunité pour un contrôleur de réaliser un appel de groupe plutôt qu'une communication poste à poste.

Pendant qu'un petit groupe de sympathiques novateurs errait du côté de Saint Germain des Près en quête d'œuvres à méditer collectivement, je rongeais une certaine frustration en enfourchant mon Velib pour rallier le bureau.

L'objectif de cet énième trajet de la journée visait à rencontrer un candidat pour un stage. Ponctuel, j'atteins mon bureau à temps et j'attends Fabien qui ne tarde pas à arriver. Nous nous installons alors dans notre petite salle de réunion et discutons de son parcours et du sujet de stage que nous lui proposons. C'est alors que tout bascule, quand je retourne vers mon bureau pour lui montrer un document type de ce qu'il devra produire, je constate, non sans une certaine aigreur, que mon bureau est fermé à clé. A l'intérieur se trouvent toutes mes affaires, veste, manteau, téléphone portable, clés de bureau et de maison, ordinateur portable, bref, tout y compris argent et carte de Velib…

Là, bien sûr, je me dois de garder un certain flegme et m'excusant de ne pouvoir montrer le dit document, je termine l'entretien, forcément l'air un peu con. D'autant plus con quand, avant de raccompagner Fabien à la sortie, je lui emprunte son téléphone portable pour essayer de remonter la chaîne de l'espoir de ramener au bureau les deux sauvageons de collègues qui ont fermé le bureau sans prendre la peine de me demander si j'avais bien pris mes clés. Sans succès. Je raccompagne Fabien à la sortie et toujours avec un certain contrôle de soi le remercie et lui dit que nous le recontacterons très bientôt.

A partir de cet instant, forcément, je me retrouve un peu seul, errant dans les couloirs, légèrement désemparé. Un peu une impression de nu mais habillé. Il me faut à tout prix pouvoir communiquer. Alors voilà, si vous errez désemparé dans les couloirs de votre entreprise, dépouillé de tout moyen de communication, et que vos effets se trouvent enfermés dans votre bureau alors que tous vos collègues ont quitté la place, pensez au fax ! Et oui, avec un bon fax, doté d'un combiné téléphonique, on peut téléphoner. Dingue ! Ça m'a un peu sauvé ce soir. Je contacte ma moitié, non loin de là, et convient d'un rendez-vous pour récupérer les clés de la maison.

Je sors alors, costume cravate mais sans la veste, par les cinq degrés de ce début de soirée d'hiver (heureusement que cela ne m'est pas arrivé la semaine glaciale passée), on a du me prendre pour un extra-terrestre le long des deux kilomètres me séparant de mon lieu de rendez-vous. Surtout quand je me suis mis au footing et que j'ai croisé un vrai jogger, là, la scène devait être un brin surréaliste de l'extérieur.

Bon, tant bien que mal j'arrive au rendez-vous, je récupère les clés du domicile, m'équipe d'un manteau et file récupérer les clés du bureau chez Julie qui n'habite pas trop loin, sans manquer au préalable de jouer à je risque de tomber en panne d'essence de scooter mais pour l'instant mes tunes sont au bureau ni à je mets le pied dans la merde en arrivant au bas de l'immeuble de Julie.

Tout est bien qui finit bien, j'ai pu regagner le bureau, récupérer mes effets personnels et regagner mes pénates mais ce soir là, j'ai compris les pulsions de sadisme que certains de nos contemporains peuvent parfois ressentir au point de passer à l'acte. Les idées de lente torture ne manquaient pas. S'il est bien une chose qui m'horripile, c'est de perdre bêtement du temps.

Alors bon, quand je reçois un message d'excuses type "service indisponible" en voulant louer un film sur la vidéo à la demande de mon FAI préféré, je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis même pas surpris...