Un jour une œuvre en direct rue Louise Weiss
le jeudi 26 février 2009, 00:46
La rue Louise Weiss dans le 13ème arrondissement de Paris n'est pas qu'un hommage mérité à la femme de lettre et féministe lui ayant donné son nom.
La rue Louise Weiss près de la Bibliothèque Nationale François Mitterrand se trouve également être depuis une dizaine d'années l'adresse d'une poignée de galeries que certains qualifient de l'avant-garde de l'art contemporain.
C'est le lieu choisi en cette belle fin d'après midi par les acteurs du sites Un Jour Une Œuvre pour réaliser une séance de regard collectif en direct à laquelle j'ai pu participer.
Pour ceux qui ne connaissent pas encore le site Un Jour Une Œuvre, le concept est assez simple, apporter un regard spontané sur une œuvre d'art. Pour m'y être prêté à quelques reprises, l'exercice est assez passionnant. Apporter un regard sur une œuvre que l'on ne connait pas, souvent sans connaître l'artiste ni le contexte qui l'ont amené à produire cette œuvre est déjà assez ludique. Et confronter ce regard à celui d'autres individus avec leur personnalité, leur vécu et leur sensibilité qui conduisent inévitablement à une interprétation différente, et qui vous pousse à porter un regard différent sur cette œuvre que vous avez-vous-même regardé. Essayez.
Bon, revenons-en à notre escapade dans les galeries de la rue Louise Weiss. Tout d'abord, la rue est tout de même assez calme, le nombre de galeries n'a rien à voir avec d'autres quartiers dits artistiques comme Saint-Germain par exemple. Il semble que d'autres galeries soient installées dans deux rues voisines, les rues du Chevalerest et Duchefdelaville. Nous resterons sur la rue Louise Weiss. L'architecture du quartier est typique des environs de la BNF, du moderne, plutôt réussi mais avec un manque criant de chaleur et de vie. Ça me rappelle le Tate Modern de Londres qui était lui aussi perdu dans un quartier sans vie. L'art contemporain est-il un art froid ?
Nous visiterons trois galeries sur une durée d'environ une heure et demi.
Voici les éléments qui m'ont marqué.
Nous démarrons par la galerie Air de Paris sise au numéro 32.
Nous y voyons alors une première installation d'Angela Bulloch nommée Riley Optimism.
Il s'agit donc d'une installation de quatre cubes. Les cubes doivent faire environ 50 cm3 chacun. Deux cubes se trouvent en position basse. Sur chacun d'eux se trouve un second cube. Les quatre cubes sont en bois et sont percés sur toutes les faces apparentes de trous à la façon d'un gruyère. On observe trois tailles de trou, petit (2cm?), moyen (5cm?) et grand (10 cm?). Les deux cubes supérieurs sont chacun pourvus d'un éclairage lumineux à base de trois tubes néons rouge, vert et bleu. Des fluos corrigera Ivan. Les quatre cubes sont façonnés à l'identique, le bois semble être un genre de contreplaqué, élégant mais n'ayant rien d'artisanal. La lumière des deux cubes supérieurs alterne des variations de couleur rythmés par l'alliance rouge/vert/bleu le fameux RVB des couleurs primaires principalement utilisées en vidéo et dans les logiciels d'imagerie. Du coup, on assiste à des compositions de lumière en direct mais sans jamais passer par le blanc qui correspond normalement à la superposition des trois. Les deux cubes du bas sont eux équipés d'un système audio qui diffuse une musique assez inquiétante, improbable quiétude produite par une guitare saturée. Une conséquence inattendue de la projection de lumière par les trous sur le mur, on observe des traits de lumière et non des ronds de lumière. Cela vient probablement de la perspective.
Une remarque intéressante d'Ivan à propos de cet œuvre qui peut s'appliquer à nombre d'autres pièces d'art contemporain : est-ce l'artiste qui a créé l'ensemble de l'installation ou a-t-il conçu l'ensemble avant d'en confier la production à des artisans ? Cela change t'il quelque chose quant à l'œuvre d'art ? Une œuvre d'art doit-elle entièrement être conçue par son créateur ou peut-on la voir comme une production industrielle ou artisanale découlant du processus créatif ?
En quittant l'installation, on peut observer un accrochage de quatre toiles carrées composées de cercles rouge/vert/bleu de trois tailles rappelant l'installation de cubes. On sent l'auteur travaillé par la décomposition RVB de la lumière.
Dans la seconde partie de cette galerie, nous avons pu observer un accrochage d'une dizaine de toiles de l'artiste Josh Smith nommée I'm Not You. Voilà une affirmation qu'on ne lui contestera probablement pas à moins d'être un adepte acharné du sophisme.
Chaque toile est un mélange de collage de journaux, d'écritures calligraphiées semblant photocopiées ou sérigraphiées, et de peinture jetée en brut sur la toile et semblant travaillée directement à la paume de la main. Parfois des traces de main sont d'ailleurs apparentes.
Difficile de dégager une ambiance ou un message générale. Il y a un côté un peu sombre mais pas violent ni malsain. Les coupures de journaux semblent se rapporter à New York. Et on voit sur l'une des toiles l'écriture de la date fatidique "9/11".
Entre les galeries "Air de Paris" et "Praz-Delavallade" se trouve la Random Gallery, une grande vitrine semblant servir de fil conducteur entre les deux.
Nous pouvons y voir une œuvre étonnante et impressionnante de Vincent Ganivet nommée Opus Perpetanuem.
Il s'agit en fait d'une grande roue (environ 2m de diamètre) composée de parpaings joints un peu en épit et cernés par une énorme sangle. Difficile à décrire, regardez la photo, cela vous parlera mieux. Des petits tasseaux de bois permettent de caler les parpaings.
J'y ai vu une parabole entre la roue comme invention phare des débuts de l'ère moderne et pierre angulaire de la prospérité de nos civilisations et cette roue composée de parpaings de béton, le béton étant un peu la pierre angulaire de notre ère moderne du 20ème siècle. Il ne s'agit là que de mon libre ressenti.
Galerie "Praz-Delavallade" nous avons pu voir un accrochage d'un nombre important d'œuvre de Julian Hober dont la dominante semble être l'exploitation des formes géométriques et plus particulièrement d'une sorte de spirale ou de vortex noir et blanc.
Deux salles principales semblent définir deux thèmes.
Je me contenterai de la première qui m'a le plus accroché. Tout semble démarrer par un étrange dessin de petit format d'un homme façon western semblant tenir un revolver et tirer une balle. Deux sculptures de bronze sont placées au centre et représentent deux têtes pleines de perforations qui pourraient avoir été causées par ces armes blanches. Autour, aux murs, sont accrochés des dessins qui semblent faits à l'encre et qui représentent donc des spirales noirs et blancs à tendance hypnotique. Trois de ces dessins sont à moitié réalisés. Comprendre par là que seule une partie du dessin est réalisée, l'autre partie restant noire vierge si ce n'est parsemée de coulures de peintures ou d'encre blanche. Une quatrième est elle totalement remplie de spirales à la géométrie parfaite, partant du centre vers les extrémités. Tout cela me fait un peu penser aux vibrations d'air suite au tir d'un projectile qu'un Matrix a fixé dans l'imaginaire collectif des fans de cinéma SF.
Enfin, troisième galerie où l'accueil fut un peu plus chaleureux, la galerie "Jousse Entreprise".
Dans une pièce principale, l'installation est là collective.
On y trouve des photographies : + la première qui saute aux yeux sur la gauche est une immense photographie d'une jeune femme presque nue, allongée sur ce qui semble être un lit, piercing au téton gauche, dont on n'arrive pas à savoir si elle est endormie ou décédée. La grandeur de l'image, la pose me fait un peu penser à l'exposition "Just like a woman" de Bettina Rheims mais avec une tout autre expression. + la seconde, sur le mur face à l'entrée est étrange, une grande photo pratiquement toute noire, du coup brillante et dans laquelle se reflète l'ensemble des autres œuvres et nous-mêmes avec au centre comme découpée une femme type mannequin en mouvement. + la troisième, sur la droite représente une femme, à priori japonaise ou tout au moins en ayant adoptée les codes vestimentaires et de maquillage, allongée par terre, l'air endormie. La composition sur une dominante gris donne à cette femme l'air de flotter. La chevelure est incroyable arrivant jusqu'aux pieds. Et le costume traditionnel est très richement orné.
On trouve également dans cette salle des animaux empaillés hybrides : + un cochon (corps) / flamand rose (tête) + des taupes (corps) / perroquets (tête) + un chat (corps) / renard (tête) Et d'autres dont je ne me souviens plus.
On trouve également un dessin et une série de petits textes déclaratifs façon Ben.
J'ai oublié le contenu de la projection vidéo dont je n'étais pas fan si ce n'est qu'il semblait s'agir de représentations de rêves de personnes enfermées dans le coffre fort d'une banque d'Hiroshima, seul bâtiment ayant survécu à l'explosion nucléaire.
Et enfin, une installation volumineuse de trois grands cylindres qui m'on fait penser à un rouleau compresseur d'un engin de travaux publics. Les trois cylindres sont reliés entre eux par une grosse corde de type naval. Ils font aussi penser un peu à d'énormes flotteurs. De dominante gris leur partie supérieure est recouverte d'une matière brillante colorée. Nous sommes invités à nous asseoir et il est vrai qu'il aurait été dommage de ne pas se livrer à cette expérience.
Nous apprendrons au final que le thème général de l'exposition était consacrée au sommeil et aux rêves sous le nom de "Songe d'une Nuit d'Hiver". Les artistes représentés sont Thomas Grünfeld, Florence Doléac, Kishin Shinoyama, Frank Perrin, Arno Nollen, Louidgi Beltrame, Atelier Van Lieshout.
Au final, de ces trois galeries je n'ai pas été réellement conquis par une œuvre à part peut être par la roue de parpaings mais qui est plus une prouesse technico-artistique qu'un réel concept. En art contemporain, il me fait souvent une diversité importante d'œuvre pour être touché par quelques unes, souvent plus que pour de l'art classique. Rien de tel qu'une FIAC ou un SLICK pour trouver un peu de plaisir à cet art souvent décrié. Je ne sais si cela vient du fait que des œuvres classiques nous n'avons hérité que des meilleures ou si cela ne vient pas plutôt du formatage de mon esprit à n'apprécier que des formes et des techniques reconnues.
Quoi qu'il en soit, la superposition des regards d'Ivan, d'Alexis et de moi-même était un moment très intéressant à renouveler sur le site en réalité virtuelle ou lors du prochain regard collectif en réalité réelle.
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