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Ami lecteur, si tu as moins de 16 ans, je t'invite à ne pas lire cet article. Bon, en même temps, je te connais un peu l'internaute de moins de 16 ans, je ne me fais pas beaucoup d'illusions ;)

Il y a des matins comme ça où l'on sent que la journée qui s'annonce sera différente.

Un astrologue vous dira que tout ça vient des astres, un médecin de famille y attribuera les effets d'une bonne nuit de sommeil, un sexologue ceux d'une soirée torride, un geek se réveillera vers midi tout enthousiaste du portage des lapins crétins sur l'iphone, etc.

Pour la matinée dont je vous parle, je me souviens m'être réveillé un peu plus léger que les autres jours, avoir démarré la journée à l'écoute énergique de Rock'n Roll Train, tout en prenant un petit déjeuner, baigné de ce soleil de mars dont la relative chaleur parvient à percer le double vitrage protégeant la majorité des logements parisiens de la bruyante vie citadine.

C'est à ce moment que la décision fut prise, à journée non ordinaire, fin de journée non ordinaire (bon en fait, la journée fut la même bête de journée de boulot aussi intensive et pesante que les autres en ce moment).

C'est à Paris, 12 avenue Georges V, 22h45 que nous avons rendez-vous en ce 25 mars.

Après une attente trop longue pour la classe prétendue de l'établissement, nous sommes enfin conduit à nos fauteuils rouges cernant un guéridon garni d'une bouteille de champagne maintenue à fraîche température par son écrin de seau.

L'emplacement est parfait, nous sommes au second rang, la salle n'est pas pleine, le premier rang est vide, la vue sur la scène est imprenable.

Le serveur tombe le liège et remplit nos flûtes, ce sera l'ivresse champenoise en attendant l'ivresse visuelle.

Quand le rideau tombe, je ressens une petite déception, ce n'est pas la star de la soirée qui nous accueille mais le démarrage de revue phare de la maison, les girls à la mode Buckingham Palace.

Ah oui, j'oubliais, nous sommes au Crazy Horse, et nous avons répondu à l'appel de Dita Von Teese ;)

Je ne suis pas vraiment fan de l'ambiance Crazy mais il n'y a que trois scènes de Dita Von Teese programmées, le reste du spectacle se compose de scènes classiques du lieu. D'une manière générale, je suis tout de même agréablement surpris car certaines performances sont de vraies perles. Telles ces deux acrobates qui se contorsionnent et s'enlacent dans cette roue géante et dont les corps dénudés sont habillés d'une projection de lumières psychédéliques. Ou encore cet habile jeu de miroir. Une main, une jambe, une paire de fesses, un corps qui se déhanche dans une parfaite symétrie avec son reflet à l'horizontal, et ce sont quelques minutes de magie au rythme d'un Toxic parfaitement adapté. La scène la plus improbable et qui a rencontré un des plus beaux succès de la soirée était menée par deux jumeaux dans un spectacle de claquettes endiablé. Les seuls hommes à se donner en spectacle ce soir, sans qu'ils ne soient nus, ni jeunes, ni éphèbes. On pouvait y voir comme un contraste ! Bon après, il y avait aussi du moins bon à mes yeux, mais à journée non ordinaire et soirée non ordinaire, je préfère ne garder en mémoire que le meilleur.

Quand enfin Dita entre en scène, Lazy, la demoiselle en impose. Allongée sur un lit, entourée de soubrettes, on est ici dans un vrai cliché, reprenant les codes d'un glam' désuet des années 40, mais qui, revisité par l'artiste, opère un charme certain. Les costumes, le maquillage, les accessoires, la gestuelle apportent un cachet, un glamour, une classe. Nous ne sommes pas ici dans une séquence de striptease façon Stringfellows ou Pink Paradise. J'assiste là à une danse captivante, à une hypnose collective où Dita nous mène où elle veut, abandonnant ses effets un à un jusqu'à se retrouver dans le plus simple appareil. La poignée de jeunes filles gracieuses qui l'entoure est un décor, je ne vois qu'elle.

Pour sa seconde apparition, Teese-ing, Dita reprend les codes du cinéma des années 30, transgresse l'interdit de la cigarette, et mes yeux ont beau être dotés de la perception des couleurs, je ne vois que du noir et blanc. La brunette crève l'écran, et si je ne parviens pas à me remémorer le déroulé exact de la séquence, c'est que l'esthétique atteinte l'emporte sur tous mes autres souvenirs.



Le troisième et dernier opus se nomme le bain en noir. J'ai du mal à y croire au début mais pour le plaisir des yeux, Dita vient prendre son bain sur la scène. Une fascinante baignoire couleur ébène et montée sur pieds s'impose devant nous. La belle entreprend alors de quitter sa légère parure vestimentaire, non sans se faire aider une nouvelle fois de quelques soubrettes dont le talent réside avant tout à se faire oublier. Le corset est magnifique, son délaçage est un interminable supplice esthétique et je n'ai qu'une envie, prendre part au spectacle pour l'aider à débarrasser son corps de cette étreinte. La scène de bain qui s'ensuit est totalement surréaliste.

Mélancolie, déjà le spectacle prend fin, Dita fait un quatrième tour de piste dans le simple but de nous dire au revoir. On aimerait bien que ce ne soit qu'un au revoir et prendre un abonnement régulier à cet antidépresseur naturel. Mais la rareté, ce côté inaccessible fait aussi parti du jeu. Le rideau tombe, de Dita il ne me reste plus que ce prénom projeté en lumière sur le rideau noir de la scène et des souvenirs, de beaux souvenirs plein la tête.

Maintenant que j'y pense, il me reste aussi un étrange traumatisme, une sorte de rengaine récurrente absurde, là, oui, vous ne l'entendez pas ? Si, si, prêtez un peu plus l'oreille. Là. "Zoubizou bisous zou bisous. Zoubisous bisous zou bisous. Zou bisous bisous zou bisous zou bisous...". Oui, cette créature au corps uniquement paré de bisous en relief, se pavanant sur ce refrain délirant, dans des apparitions courtes mais récurrentes. Raaah... Au secours. Pardon.

Thanks Dita.

{Cette note est dédiée à Diglee, dont la lecture régulière de son blog a attiré mon attention sur la présence parisienne de Dita Von Teese.}