Pendant que certains n'hésiteront pas à parcourir des milliers de kilomètres pour s'offrir un inoubliable panorama sur le mont Fuji-Yama comme cadeau d'anniversaire, en ce dimanche matin, je m'en irai pour ma part chercher un peu d'exotisme au coin de la rue.

Ce n'est pas la première fois que je franchis ce pas de porte, mais à chaque fois, cela me produit le même effet.

Que peut-il y avoir d'exotique à se faire couper les cheveux me direz-vous ?

Pour commencer, nous ne sommes pas ici chez Toni & Guy.

L'accueil est sympathique mais modeste. Le salon dans son ensemble doit faire 15 à 20 mètres carrés, le mobilier est primaire, les murs ont un petit côté délabré, la décoration est inexistante si ce n'est comme chez tout coiffeur qui se respecte deux trois poignées de portraits d'hommes et de femmes scotchées sur les murs. Il y a aussi ce kitchissime calendrier de la Yogi Divine Society. En résumé, ce n'est pas le luxe qui attire ici, plus le prix (environ moitié moins cher).

Quand je cherche à me débarrasser de mon blouson, je vois bien des patères sur un mur mais tous les vêtements s'entassent sur un des fauteuils du coin d'attente. Je ne dérogerai donc pas à cet usage. C'est le patron qui me prend en charge, il a généralement un ou deux employés avec lui.

Pas d'attente ce matin, étonnant car d'habitude le salon est bondé, l'effet des vacances de Pâques à priori. Je prends place et c'est toujours une sensation étonnante que cette bande de tissu placée autour de mon cou. Elle colle apparemment du fait de l'électricité statique, et son rôle est d'assurer l'étanchéité du peignoir afin d'empêcher les cheveux coupés de moucheter mon tee-shirt blanc.

Bref échange autour du résultat souhaité.

Le temps de coupe est rythmé par la discussion indienne mélodieuse mais à laquelle je ne comprends bien évidemment pas un mot et par la bande son produisant une musique indienne là encore. Je suis amusé de voir l'un des coiffeurs changer la cassette de face car le poste ne semble pas doté de la fonction "Auto-Reverse".

Ce que j'apprécie dans ce huis-clos c'est l'humilité, la simplicité, l'ambiance et cet espèce de respect qui flotte entre toutes les cultures qui se confrontent . D'autant plus quand je suis en période de stress, car le coiffeur ne me jouera pas un long monologue commercial pour me fourguer le dernier shampoing anti-pelliculaire miracle totalement inadapté à mes petits soucis.

La fin de ma coupe arrive et je suis surpris de la nouveauté du jour, un petit massage énergique du crâne inattendu mais bienvenu.

D'aucuns verront d'un mauvais œil l'installation de ces casseurs de prix de la coupe de cheveux en plein centre de Paris, d'autant plus quand il s'agit de travailleurs d'origine étrangère. Personnellement, je ne crois pas qu'il s'agisse là d'une concurrence à proprement parler avec les salons traditionnels, il s'agit au contraire d'une offre complémentaire qui ne s'adresse pas du tout à la même cible. Et j'aime de temps en temps m'y évader durant la vingtaine de minutes nécessaire à rafraîchir cette chevelure qui me caractérise ;)