Mercredi 20 mai, 11h RER B entre Gare du Nord et Roissy

Comme les journées précédentes, cette matinée aura été speed et tendue. Lever 7h30, c'est pas très réveillé que je me prépare en hâte. Je retrouve Sébastien gare Vaugirard à 8h30 passé pour l'aboutissement d'une transaction de longue haleine. Enfin, après plusieurs mois de péripéties administratives, ma vieille Focus est sienne.

Je cours ensuite rejoindre Virginie, mon sac est déjà bouclé mais il me reste deux trois bricoles à vérifier. Je pars un peu avant de l'appartement pour passer à la boutique photo du coin de la rue acheter un cache pour un objectif. On se retrouve à Denfert pour prendre le RER. Comme souvent, je suis à l'heure, comme toujours Virginie est en retard même s'il s'avèrera plus tard que comme toujours aussi, j'ai prévu large. Je dois tenir ce stress des départs en vacances de mon père.

Nous voilà à présent assis dans ce RER, dans ce coin de banlieue que je connais bien, filant à bonne allure vers l'aéroport. Je me sens étrange, à la fois content de partir en vacances en Grèce, sans enfants, sans boulot, mais du coup aussi un peu coupable de planter mon équipe en pleine finalisation d'un projet merdique. 10 jours aussi sans ma Lisette. Rien de bien grave, juste le syndrome paradoxal du père séparé drogué de boulot en vacances.

Et là, cette mère comme il en existe des milliers, originaire d'Europe de l'Est, qui passe faire la manche accompagnée de sa petite fille m'achève. Pour quelle raison suis-je là, le ventre bien rempli, prêt à m'envoler pour un voyage idyllique ? Pour quelle raison a-t'elle fui son pays et se retrouve-t'elle à mendier dans nos réseaux ferrés accompagnée par son enfant ? Non sans leur adresser un sourire, je me cache à présent derrière mes lunettes de soleil, car oui, c'est une belle matinée de mai que nous avons là.

A présent, ce sont deux autres ressortissants des pays de l'Est qui viennent me sortir de ces états d'âme au son de leur accordéon. Étonnamment, loin de nombreux prototypes du genre croisés par le passé dans le métro, ce duo là est joyeux, joue plutôt bien, se donne à fond dans le spectacle qu'il nous offre. Virginie tentera bien de les encourager à choisir des morceaux plus en accord avec leurs origines afin d'améliorer leur prestation, mais la barrière linguistique, prémonitoire à notre voyage, aura raison de ses efforts. Une petite pièce, un sourire, un trajet de RER est déjà un petit voyage en soi. Il suffit d'ouvrir les yeux, de ne pas se cacher derrière le pratique masque du parisien blasé, un regard, un échange, des gens très différents et pas si différents, c'est pour moi souvent un voyage intérieur.

La rame s'arrête enfin, les portes s'ouvrent, nous descendons sur les quais de la station Roissy Charles de Gaulle 1, première escale d'un petit périple dont Mytilène, chef lieu de l'île de Lesbos, est la finalité, ou plutôt le commencement, de notre voyage.

Mercredi 20 mai, 20h En vol entre Athènes et Mytilène

Notre trajet aller touche à sa fin. Il s'est bien passé. Pas de retard, pas de tracasserie administrative, pas de problème de billet électronique, le seul fait marquant aura été cette remarque à l'enregistrement du vol Paris Athènes comme quoi nous avions assuré en ayant que des bagages à main. Et il est vrai que l'idée de Virginie de voyager légers en ne prenant qu'un sac à dos chacun nous permet de gagner un temps précieux, surtout en sortie d'aéroport quand il s'agit de trouver un taxi. Ah si, il y eut aussi notre escale à Athènes où Virginie voulut à tout prix trouver un parfum me plaisant quand je voulais surtout éviter ce cumul d'odeurs trop fortes. Et ce pope également assis dans notre salle d'embarquement dans l'attente de l'appel au départ. Un beau pope dans son bel habit d'apparat bleu. J'allais oublier aussi la pourtant mémorable fouille au corps au passage policier obligé pour prendre le vol vers Mytilène (à bien prononcer Mitilini en anglais au risque de se faire reprendre par une hôtesse moyennement aimable).

Je crois que c'est à bord du vol Athènes Mytilène que nous venons de comprendre combien la langue risquait d'être un souci quand le commandant de bord prit la parole, uniquement en grec. Peu de mots sont reconnaissables pour les français que nous sommes. Quand on sait que "oui" se dit "né", c'est assez mal parti pour la compréhension. Fort heureusement, il y a cette belle langue universelle qu'est l'anglais mais nous n'en sommes pas les plus brillants locuteurs, la vitesse de prononciation des grecs n'aidant pas.

Jeudi 21 mai, 0h30 Mytilène

Notre arrivée sur Mytilène fut rapide et efficace. A peine arrivés, nous prenons un taxi et gagnons le port de la ville principale en une dizaine de minutes. La nuit est déjà tombée vers 21h, mais la cité est encore toute animée. La première chose m'ayant frappé c'est le nombre de deux roues et leur conduite sans casque. La seconde, c'est la quantité de magasins pratiques au tourisme ouverts si tard le soir : agences de voyage, locations de deux roues ou de voitures, excursions en mer, etc.

Le chauffeur nous dépose près de notre hôtel au 68 de la rue Ermou. C'est au bout d'une impasse que nous découvrons notre gîte pour la nuit. 48h plus tôt j'avais eu le propriétaire au téléphone. La conversation fut un moment épique dans un anglais à l'accent non anglais pour lui comme pour moi. Mais l'accueil avenant auquel j'eus droit par le biais des ondes promettait l'accueil avenant que nous recevons en pénétrant ce petit antre d'hôtel, car on ne peut véritablement parler de hall, dans lequel Mr Paris nous reçoit. L'affaire conclut, un jeu de mot (il s'appelle Paris, on vient de Paris) plus tard, et nous voilà dans notre chambre agréable et rustique, idéale pour une nuit au saut de l'avion.

Le New Life Hotel est petit, tranquille, doté d'un jardinet verdoyant, en retrait du tumulte de la ville du fond de son impasse. Un ilot de tranquillité à deux pas de la vie, tout démarre plutôt bien.

Après quelques errements sans surprise (nous aimons regarder tous les restaurants d'une ville avant de nous décider) en quête de notre premier dîner lesbien, nous jetons notre dévolu pour une enseigne nous semblant assez locale autant que raffinée, allez, osons dire un restaurant de charme. A tel point locale qu'au contraire de ses confrères du front de mer, le menu est uniquement rédigé en grec. La lecture de la carte du Mantzoypana est un grand moment de solitude. Et si la serveuse semble aussi désespérée à nous comprendre que nous à la comprendre , la cuisinière que je soupçonne d'être la tenancière, honore les traditions d'accueil grecque en nous traduisant le menu en live en anglais.

Ce premier contact réel avec la cuisine grecque (parce que bon, le plateau repas dans l'avion était plus un passe temps qu'un moment de gastronomie) nous a ravis. Il est temps à présent de regagner la rue Ermou, l'impasse, l'hôtel , et, sans prétendre attaquer une nouvelle vie, il est temps de nous préparer à une nouvelle journée d'une semaine pas comme les autres.