Jeudi 21 mai, 10h30 Mytilène

Après une bonne nuit, nous sommes partis en quêtes d'un petit déjeuner, car, pour hôtel qu'il soit, celui de la nouvelle vie ne couvre pas cette prestation. De l'impasse puis de la rue Ermou, nous gagnons rapidement le port et son petit front de mer.

Assis confortablement sur les banquettes façon lounge d'un restaurant, nous prenons ce qu'il convient afin de rassasier un appétit matinal. Si quelques tables sont occupées autour de nous, la terrasse est loin de concourir au titre de "la plus bondée de l'année", et, qui plus est, ici comme sur celles des établissements voisins, nous sommes les seuls touristes. Sur la table à ma droite, quatre jeunes filles jouent au backgammon, pouffant régulièrement de rire.

Le port et la grande rue qui le longe s'animent, nous pouvons y voir un énorme ferry sur la rive opposée comme un appel au voyage vers d'autres îles mais nous allons déjà nous concentrer sur Lesbos. Mon regard est soudainement attiré par un couple étonnant de vendeurs ambulants. D'origine asiatique en apparence, ils sont bardés d'ustensiles et d'articles en tout genre, passant de table en table dans l'espoir d'écouler leur camelote. Chou blanc pour les quelques minutes passées à les observer. J'ai lu effectivement dans mon super guide touristique qu'après avoir connu une importante période d'émigration, la Grèce se trouve aujourd'hui être une terre d'immigration.

Je retourne à mes tartines et nous achevons notre petit déjeuner avides de découvertes.

Jeudi 21 mai, 23h Mytimna (Molyvos)

Quelle riche et dense journée depuis notre petit déjeuner ! Tiens d'ailleurs quand je repense à ce moment, je ne peux m'empêcher de sourire à l'idée de ce bar littéralement envahi par tous les jeunes que la ville doit compter. Ils étaient tous là, avaient jeté leur dévolu sur cette taverne là plutôt que sur la dizaine alentour sans qu'aucun signe extérieur d'attractivité jeunesque ne se voit.

Nous avons ensuite pris congé de notre hôte, exploré quelques rues animées et moins animées, puis nous avons regagné le port en quête d'un véhicule. Scooter ou voiture ? Ce fut bien le dilemme d'un quart d'heure, le temps que quelques gouttes venues du ciel et les moues dubitatives des loueurs rapport au temps et à la distance qui nous attendait oriente favorablement notre décision sur le choix d'une petite automobile.

Nous quittons Mytilène vers midi, direction Molyvos, petite ville située au nord de Lesbos. De prime abord, les routes sont correctes, un peu semblables à nos départementales de campagne. Notre première halte se fera à Kalloni dans un but purement réparateur. C'est là que nous avons dégusté notre premier sandwich grec à la saveur incomparable à ceux de nos échoppes françaises, on sent que la source est ici.

De Kalloni, nous prenons péniblement la direction du monastère de Leimonos (les monastères sont un des attraits touristico-culturels de l'île). Péniblement car le fléchage routier n'est pas le point fort du coin et il nous faudra demander notre chemin à de multiples reprises, mais nous apprécions tout de même l'effort de traduction quasi systématique des panneaux.

Quand nous arrivons au monastère, la première sensation que je ressens est la sérénité dégagée par le lieu situé dans une sorte de cuvette entouré de petites montagnes. Je suis surpris par le nombre de petites chapelles éparpillées autour du monastère. Le calme qui règne ici est imposant. Seul un cri strident et inquiétant vient briser régulièrement la quiétude ambiante. Il me faudra quelques minutes pour identifier le trouble silence qui torture ainsi le visiteur de passage. C'est un paon majestueux qui en est à l'origine. Leimonos se révèle être le monastère des paons pour en avoir croisé au moins une bonne dizaine. De moine d'ailleurs, nous n'en avons pas croisé. A croire qu'ils se sont incarnés en paon pour ne plus être troublés par les visites de touristes de plus en plus éloignés de la religion.

La partie principale du monastère se compose d'un grand bâtiment rectangulaire cernant une adorable petite cour au centre de laquelle se trouve la chapelle principale, interdite aux femmes. La cour est plaisante, verte, ombragée, fleurie, un petit havre de paix. Pour autant monastiques qu'ils soient, ces hommes ont du goût. Si je ne suis pas très fan des vieilles pierres religieuses, j'aime assez les monastères pour l'atmosphère qu'il s'en dégage mais également parce qu'avant d'être des lieux de prière, ce sont des lieux de vie.

C'est en repartant de Leimonos que la journée bascula. Nous prenons la direction du nord ouest pour emprunter un axe majeur vers Petra et une première erreur d'aiguillage nous conduit à l'intérieur de Skalachori. C'est un bourg de taille honorable pour l'île. Alors quand je dis à l'intérieur, c'est vraiment l'intérieur. Avec 15 ans de moins, je dirai "l'intérieur de chez l'intérieur, tu vois ! ". Cinq minutes de traversées dignes d'un "Tintin et le crabe aux pinces d'or". Des ruelles à grand dénivelé, étroites à ne laisser passer qu'une voiture et à devoir par endroit être vigileant aux dimensions pourtant anorexiques de notre Hyundai Atos Prime. Nous croisons évidemment une, puis deux voitures à contresens, nous sentons le regard amusé et étonné des locaux peu habitués à voir passer l'estivant, nous tombons égalemement sur un corbillard stationné devant le lieu d'un triste évènement avec tout juste assez de chance pour parvenir à me faufiler sur le côté. Quelques minutes pour souffler à l'issue de ce dédale seront les bienvenues pour un touriste pas encore bien préparé. Charmant village ceci dit.

Mais déjà la route nous appelle à de nouvelles aventures. Nous arrivons rapidement sur Petra, petite station balnéaire avant Molyvos. Une chapelle perchée sur un énorme rocher (suffisamment pour y percher une bonne grosse chapelle) incarne la curiosité du coin. Quelques pas dans les ruelles, quelques pas sur la plage jusqu'au premier contact frais avec la mer Egée, et nous nous apprêtons à repartir quand nous découvrons que nous avons perdu notre guide touristique au kebab de Kalloni, tant préoccupés à interpréter l'itinéraire de la serveuse.

Nous voilà donc repartis à parcourir les 16 km qui nous séparent du livre maudit dans un aller et retour qui nous permettra de rencontrer un âne en pleine chaussée, plutôt mal disposé à recevoir le câlin de Virginie sans une démonstration très sonore (la non disposition de l'âne pas le câlin de Virginie). Une fois retrouvé l'objet de l'oubli, nous reprenons la route de Petra sur laquelle nous ferons connaissance et transport de deux sympathiques lesbiennes (dans leur état d'habitantes de Lesbos hein, pas dans leur sexualité), d'un âge mûr, mère et fille. La mère était souriante mais aussi loquace qu'une mama sicilienne au contraire de sa fille, sorte de débordement de bonne humeur quasi hystérique. Elle s'enthousiasma d'ailleurs très fort quand elle compris que nous venions de Paris et encore plus fort quand elle comprit que nous allions sur Molyvos, assez tardivement, sans avoir pris soin de réserver quoi que ce soit. Comme si nous avions entrepris la traversée de la mer Egée à la nage, elle nous gratifia d'un "You are crazy ! I like it !" répété au moins deux à trois fois et agrémenté de gloussements divers que je peine à retranscrire.

La suite du trajet fut bien plus calme après ce charmant passage. Notre point de chute du jour est Molyvos, aussi appelée mythimna , petit port au village établi dans une petite montagne surplombant la mer et digne de figurer dans le guide des villages de charme de Grèce pour peu qu'il existe. En nous fiant pour la seconde fois à notre guide (on a bien fait de retourner le chercher, d'autant que pour trouver un équivalent en français, on pouvait toujours se gratter), nous avons vite fait de trouver une chambre au Nassos Guest House tenu par le so british Tom. Une sorte de compromis entre l'hôtel et la chambre d'hôte. Chambre d'hôte par un confort limité (salle de bains et toilettes communes) mais à la déco très soignée sans être hyper propre pour autant, hôtel dans le côté où Tom ne vivant pas sur place, nous n'aurons pas droit à la cuisine maison ni aux repas collectifs avec les autres occupants. Ou devrais-je dire occupantes car il y a là principalement quelques lesbiennes (cette fois dans leur sexualité, et non dans leur qualité d'habitantes de Lesbos).

Petit dîner sur le port, au Grand Bleu, sur les recommandations de Tom pour déguster du poisson frais que nous sommes invités à choisir en cuisine et qui est vendu au kilo.

Ce sera donc poisson frais et salade grecque !