Dimanche 24 mai, 11h Molyvos

La journée d'hier a de nouveau été assez riche mais s'est achevée sur une note assez aigre.

Le matin nous sommes retournés sur Petra afin de troquer notre 4 roues contre un 2 roues. Le patron de l'agence à qui nous rendons la voiture est sympa et serviable même s'il est évident qu'il s'agit là avant tout de business. Nous avons pris la voiture à Mytilène à l'autre bout de l'île, nous la rendons à Petra et nous souhaitons en reprendre une dans deux jours pour la restituer de nouveau à Mytilène. Un brin compliqués les touristes. Vu la tête un peu gênée du bonhomme, nous entrons dans la catégorie des clients inhabituels voire un tantinet chiants. C'est sans compter sur le fait que nous sommes à Lesbos, l'île des femmes qui aiment les femmes mais aussi et surtout l'île des bisounours grecs, le pays où tout le monde il est gentil et il va trouver une solution à tout. Pas de problème, on se rappelle dans deux jours.

Après avoir restitué la voiture, nous louons un scooter dans une autre agence spécialisée. Le moins que l'on puisse dire sur les locations de véhicules sur Lesbos, c'est que les engins proposés ont vécu, ici, on rentabilise. Cela change de la France où chacune de mes locations me donne l'impression de disposer d'un véhicule dont je suis le premier conducteur. Mais ce n'est heureusement pas aussi critique qu'aux Seychelles où toutes les voitures avaient des problèmes comme des pneus lisses, une absence du bouchon de réservoir, un frein à main totalement inefficace dans une région montagneuse, etc.

Une fois la paperasse renseignée et les clefs en poche, nous profitons de notre présence à Petra pour mieux visiter la ville. Avant d'explorer les ruelles, nous prenons des forces dans ce qui me semble être la taverne la plus kitsch du lieu, voire de l'île entière. Une terrasse attrayante à la fois ombragée, verdoyante et fleurie, agrémentée de cadres mêlant photographies d'artistes d'un autre temps (Armstrong, Sinatra), affiches de vieux films (Chaplin, Laurel & Hardy), et reproductions d'images anciennes de style ottomanes. La pièce maîtresse des lieux est mise en valeur au dessus du pas de porte permettant de pénétrer la partie couverte du restaurant. Il s'agit d'un écran incrustré dans un cadre de bois doré et qui projette un vieux Walt Disney de Mickey et ses amis dont la première diffusion ne doit guère être éloignée de celle de Steamboat Willie.

Après ce déjeuner pas comme les autres, bien qu'intégrant l'incontournable salade grecque, nous entamons l'ascension des nombreuses marches conduisant à l'église de la vierge aux doux baisers, perchée sur un énorme rocher perdu au beau milieu du village qu'il surplombe. C'est surtout l'occasion de profiter d'un point de vue unique et imprenable sur la région avec notamment un beau panorama sur la côte.

La visite de Petra achevée, nous filons d'un coup de scooter profiter d'une autre alliance de vieilles pierres et de vue imprenable, le kastro de Molyvos. Lesbos possède trois de ces imposantes fortifications, témoins des périodes troublées byzantines, puis génoises puis ottomanes. On sent d'ailleurs comme un reste de tension avec le voisin turque très proche (4 km séparent les côtes au plus près) dans un déploiement régulier de camps militaires éparpillés un peu partout sur l'île. Ce qui me rappelle aussitôt le conflit non résolu opposant Grèce et Turquie autour de la possession de Chypre. Les kastros sont avant tout des vestiges assez bien conservés de fortins sur lesquels flotte à présent le drapeau grec. Ils sont situés sur les hauteurs de la ville qu'ils protègent offrant ainsi une vision stratégique sur la région.

Une bouffée d'histoire et puis s'en vont, nous voilà filant d'un nouveau coup de scooter jusqu'à Eftalou pour goûter aux joies des "Hot Springs". Une petite maisonnette dissimulant un bain particulier nous accueille en bord de plage. Une petite piscine pour 5 à 6 baigneurs couverte par un dôme percé à la manière des bains turcs et dans laquelle on ne rentre pas comme ça. La bisounours de l'entrée nous donne la recette d'utilisation des lieux : d'abord se doucher, rentrer très très progressivement dans la source très chaude, ne pas rester plus de cinq minutes, aller prendre une douche fraîche sur la plage voire un bain de mer, ne pas recommencer plus de 4 à 5 fois. L'eau est à 35/36°C me dit-elle, ce n'est pas dangereux, il suffit de prendre son temps.

C'est en rentrant le pied dans l'eau que je me suis dit avoir mal compris son indication de température. Je rentre souvent dans des bains à 38/39°C (ça sert les thermomètres pour bain d'enfant) et l'impression de brulure ressentie me semblait bien au-delà de ce que mon corps connaissait. Il m'a bien fallu deux à trois minutes pour arriver à m'immerger sans pour autant être très à l'aise. Le moindre mouvement dans l'eau réveille la morsure de la chaleur. Deux autres personnes partageaient cette partie de plaisir. Malgré plusieurs tentatives, Virginie ne put se résoudre à nous rejoindre, sa peau lui transmettant de trop forts et insistants messages de douleur. Elle n'est d'ailleurs pas la seule, un homme assis au bord du bassin trempe régulièrement une jambe puis deux avant de les ressortir découragé.

Quand je sors du bain pour la douche et le bain de mer, le contraste est évidemment bien saisissant. Mais du coup, le retour aux sources chaudes est plus facile. Autant d'allers et retours chaud et froid que de branches sur un pentagone et nous nous rhabillons, la peau et le corps détendus. Bisounours attitude oblige, l'hôtesse d'accueil ne fera pas payer Virginie car elle ne s'est pas immergé dans le bain. Ca c'est ce que j'appelle de l'honnêteté !

Retour au kastro un peu plus tard pour assister au coucher de soleil. Instant superbe, le léger flot de nuages au raz de la mer ne gâchant rien en dessinant des formes uniques sur le disque rougeoyant.

C'est au dîner, pourtant sans vinaigre, qu'une bonne prise de bec entre nous a terni un peu une journée agréable. Le fruit probable de tensions cumulées ces derniers mois, quasi exclusivement tournés vers le boulot. Reproches à la con, défouloir et incompréhension étaient au dessert.

Du coup, ce matin, c'est réveil chacun dans son coin. Réveillée assez tôt, Virginie est sortie prendre l'air du côté de la plage. Je la cherche un temps du côté du port avant que les ondes téléphoniques ne nous réunissent autour d'un petit déjeuner apaisant faim et humeur.