Cette nuit n'a pas vraiment été de tout repos. Difficile déjà par la chaleur accumulée par l'immeuble le jour et restituée la nuit à la manière d'un condensateur. Nous avons bien dû nous lever deux fois pour aérer en pleine nuit. Impossible de laisser ouvert pour cause de moustiques et de risque de bruit ou de lumière au petit matin. Mais c'est à cinq heures du matin que le réveil a été le plus cocasse et le plus long.

Réveillé par deux à trois cabots ayant décidé de gueuler à l'unisson, je me lève, enfile gauchement short et tongs, descends et me mets à courir à travers la place après les chiens qui ne demandent pas leur reste et déguerpissent. Pour être sûr de trouver la tranquillité, je les ai coursé un bon moment, l'un d'eux à plusieurs reprises car il est revenu une fois ou deux. Le spectacle en pleine nuit.

Ce n'est qu'en revenant à l'appartement que j'ai compris l'objet de l'entêtement de la chienne revenue à plusieurs reprises. Un chiot apeuré se cachait derrière les chaises non rangées du bar situé sous notre chambre. Je réussis à l'amadouer, à le rassurer un peu coupable d'avoir chassé sa maman. Au moment de regagner mon lit histoire de dormir un peu, le voici qui m'adopte, geint, et veut m'accompagner. Ah ben non le copain, tu ne peux pas venir, elle va revenir ta maman ! Et je remonte l'escalier, le cœur un peu déchiré, à cinq heures et demi du matin, au son de pleurnichements étouffés. Une fois le chiot sermonné, je peine à me rendormir car les oiseaux prennent le relai et le jour commence à poindre.

Réveil difficile. Petit déjeuner réparateur sur la terrasse de notre location face au port.

Nous partons assez tôt ce matin pour une dernière escapade en voiture dans la partie sud ouest de l'île. Premier arrêt pour voir les ruines d'un ancien village dont on ne sait pas grand chose en dehors de son nom, Pyrée. Il n'y a d'ailleurs pas grand-chose à voir à part quelques murets d'enceintes et des tas de pierre attestant la présence passée de constructions. On est loin de l'intérêt historique de la forêt pétrifiée ou des ruines antiques des empires grecs et romains. C'est surtout la beauté de la côte qui vaut ici le déplacement.

L'heure du déjeuner approche, nous poussons au plus loin de ce coin jusqu'à la plage de Nyfida indiquée par notre guide comme bordée de délicieuses tavernes et maisons de pêcheurs. En cette fin mai, c'est un coin balnéaire fantôme qui s'offre à nous. La plage n'est pas mal mais on ne voit âme qui vive et les tavernes sont fermées. Nous rebroussons chemin et empruntons une petite route longeant la mer jusqu'à Skala Polichnitos, une petite station balnéaire un peu plus grande et un poil plus vivante à cette période de l'année, même si l'on ne peut pas dire que l'on soit vraiment dérangés par les foules.

Skala Polichnitos possède un petit port de pêche et c'est là que se concentre principalement l'activité du village. Nous jetterons notre dévolu sur une taverne située un peu à l'écart recommandée dans un français très compréhensible par une sympathique tenancière d'une association de promotion des produits dérivés de l'huile d'olive.

Après cette pause gustative, nous dénichons un bord de plage ombragé par des palmiers dattiers. C'est le cadre idéal pour un petit moment de détente. L'endroit est aménagé par une taverne fermée le mercredi, nous squattons donc l'endroit désert. L'aménagement est original, il y a même une table installée au pied de l'eau sur une poignée de rochers avançant dans la mer.


Mercredi 27 mai, 23h Thermi

Nous repartons de notre petit paradis sur les coups de 16h et reprenons la route de Mytilène. Il nous faut nous rapprocher de la ville principale car demain matin, nous lâcherons la voiture pour prendre l'avion vers Athènes en début d'après midi. Tout ça commence à sentir la fin des vacances.

En quittant Skala Polichnitos, nous longeons les marais salants, l'occasion de voir quantité d'avocettes en pleine activité du haut de leurs mini-échasses. Et juste avant les marais, nous avons eu une nouvelle vision surréaliste. Un bâtiment imposant à l'abandon qui me fait un peu penser à un garage automobile, fenêtres cassées, murs tagués, grosse porte métallique coulissante rouillée et ornée d'écritures mystiques (en grec) dont le seul mot que nous reconnaissons est SEX (chouette, cette note va avoir un bon ranking dans Google). Et devant cette porte se trouve immobile une chèvre aux pis tellement gorgés de lait qu'ils tombent jusqu'au sol. Le tout perdu au centre d'un grand terrain vague à la terre craquelée par la sécheresse.

Dans le genre étonnant, j'ai oublié de mentionner cette nouvelle auto-stoppeuse du troisième âge que nous avons rapproché de Polichnitos et avec qui les tentatives de dialogue se sont une fois de plus heurtées à une incompatibilité linguistique.

Nous traversons à présent l'île d'Ouest en Est et c'est un paysage très différent qui se dévoile à nous, celui de forêts de montagnes principalement composées de pinèdes. Nous sommes proches du Mont Olympe dont nous distinguons le sommet assez dégarni et coiffé d'une installation militaire ou civile. Ce n'est pas le Mont Olympe antique, il en existe plusieurs répartis un peu partout en Grèce. Nous nous arrêtons au village d'Agiassos accroché au flanc du Mont Olympe. Les ruelles très étroites sont bordées de commerces en attente des flots de touristes promis par l'approche du début de saison. Les spécialités locales sont le travail du bois, la marqueterie, ainsi que les pâtisseries au caractère très oriental.

En atteignant la partie haute du village, c'est une grande église que nous découvrons. Un peu au dessus, une place accueillante et très vivante est le cadre idéal pour prendre un verre et profiter de la lumière du soleil descendant. Ce qui frappe ici par rapport à nos haltes des jours précédents, c'est une sensation de vie intense. Il y a foule ici, peu de touristes mais les locaux apportent à eux seuls une animation que je n'ai ressentie égalée et surpassé qu'à Mytilène. Beaucoup d'anciens attablés ont vraiment des tronches que Virginie se fait un plaisir de croquer.

Le temps nous semble ici arrêté tant il est bon de lézarder au soleil mais il n'en est rien. Il nous reste encore un peu de route à parcourir et à trouver une chambre pour la nuit. Nous reprenons la route de Mytilène.

Au moment de tourner pour prendre la route de Moria (rien à voir avec les mines du Seigneur des anneaux), il est impossible de se tromper de chemin tant le nombre de panneaux de fléchage nous indique la route à prendre. C'est comme si, conscientes de nos petits soucis d'orientation, les autorités avaient décidé de nous faciliter la tâche. Nous tentons un arrêt à Panagiouda, petite localité du bord de mer non loin de Mytilène. Pour la première fois du séjour, nous peinons à trouver un endroit où passer la nuit. Il y a bien des chambres à louer mais l'humidité et la chaleur qui y règnent nous rebute à l'idée de passer une nouvelle nuit difficile. Il est plus de 21h, nous ne trouverons pas de quoi dormir ici, même le vendeur du kiosque à tabac ne peut rien pour nous alors qu'il nous a été désigné avec difficulté comme celui maîtrisant deux à trois mots d'anglais susceptible de nous orienter.

La fatigue, la faim, l'absence de logement pour la nuit commencent à nous stresser un poil. Un dernier autochtone arrive à nous expliquer la présence d'un hôtel assez cher à quelques kilomètres. Nous partons en quête de ce Graal. Et c'est avec beaucoup de difficulté que nous finirons par trouver le Lesbos Inn, hôtel luxueux par rapport à tout ce que nous avons connu cette semaine. Inquiets à la demande de disponibilité et de prix, nous soufflons à la réponse car nous avons trouvé notre point de chute du soir. Certes, le prix de la chambre est de 50 à 100% plus cher que ce que nous avons payé jusqu'ici mais la qualité de la prestation justifie ce prix qui inclut de plus le petit déjeuner. Nous nous posons dans une chambre spacieuse et confortable et partons le long de la plage en direction du restaurant Le Mayotte. Il est 22h30 quand nous prenons place dans de confortables fauteuils dans un décor appelant aux fêtes les plus orgiaques mais qui ce soir tient plus du monastère en l'absence de noctambules. Le menu est en grec, c'est le barman qui nous fera la traduction. Nous optons pour un mixte de grillades pour 4, demandé en quantité pour 2 et amené en quantité pour 8. L'orgie était ce soir dans nos assiettes. Dehors le vent se déchaîne. Le ventre lourd, nous nous traînons jusqu'à l'hôtel en suivant la plage, sans manquer de semer un peu de viande pour les chiens et les chats errants omniprésents. L'excès ne sera pas ce soir perdu pour tout le monde.