Des fantômes & des trésors
le jeudi 30 juillet 2009, 19:18
A la mi-juillet, ma petite famille décomposée passait quelques jours de vacances dans une maison familiale. La maison de mon arrière grand-mère. Une maison dans laquelle elle vécut quelques dizaines d'années jusqu'au terme de son voyage de 98 ans.
La maison est quasiment restée en l'état depuis dix ans qu'elle s'est éteinte. S'installer dans ces lieux a été un peu comme investir un squat. Les peintures des plafonds plus que attaquées, des tapisseries d'époque seventies défraichies, des pièces inaccessibles de bric à brac et des araignées à la pelle pour le plus grand plaisir des filles.
Mais passé la première impression, nous nous sommes fabriqués un espace vivable, à la limite de l'agréable. Cette maison ne fait pas peur, il y a quelque chose de paisible et de typiquement balnéaire dans cet habitat de plein pied. Si de gros travaux sont à prévoir, il ne faudrait pas tant pour en faire un lieu de résidence plaisant pour quelques semaines d'été.
J'ai vécu ce court séjour torturé entre le plaisir de retrouver le lieu d'une majorité des vacances de mon enfance, la tristesse de le voir dans un état de quasi abandon, et la mélancolie de tous les souvenirs accumulés dans ces murs.
Je me revois une vingtaine d'années en arrière. La journée de trajet de début d'été en train corail avec mon arrière grand mère ou en voiture dans la peugeot 504 de mes grands parents par les départementales. Les matins au marché de Royan et le grand père que l'on retrouvait au PMU pour son tiercé. Les après-midi à la plage avec les grands mères qui restaient habillées. Les musiciens de la famille qui jouaient dans la fanfare du 14 juillet. La tante Eliane qui travaillait à La Poste. Ma marraine que je n'ai croisé que lors de quelques fêtes de familles. Ce cousin si proche enfant et si inconnu adulte. Les trajets sur le porte bagage de mon autre grand mère et la traversée de la départementale infernale. Les repas familiaux avec les cousins Fins sous le figuier dans la cour en face de la maison. Les bd que je piquais à l'intermarché. Les escapades nocturnes ralliant le port et le front de mer au bout d'une demi heure de marche. La cuisinière qu'on allumait avec des pommes de pin aux vacances de la Toussaint. L'installation des Vallet/Dreux dans la maison retapée où j'ai donné un certain nombre de coups de burin. Les neveux et nièces enfants. Les délires du Jean-Luc parmi lesquels les aventures en Zodiac, le vol en Méhari, les poubelles renversées la nuit à coup de Méhari, les virages au frein à main et la Golf sur le toit, les langoustes coupés en deux encore vives pour le barbecue, et les coups de fusil pour animer les nuits chatelardiennes. Et les histoires hallucinantes avec la commère du quartier rare vestige vivant de cette époque révolue.
Il ne reste plus grand chose de tout ça, la rue des cerisiers, les murs, des pièces poussiéreuses quand elles ne sont pas dévastées, une déco où chaque objet me hante, des photos de famille figées dix ans auparavant pour les plus récentes, et des fantômes croisées un peu partout. Quelques trésors également, découverts ça et là, deux trois bijoux de la mamie Renée, ses béquilles qui ont été le jeu phare des filles quand elles étaient une douleur pour elle, et un vieux livre anonyme dans lequel l'un des protagonistes semble être un de ses parents au temps de la grande guerre.
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