Certaines fins de semaines sont particulièrement actives. Prenez la dernière par exemple. Tout démarre le vendredi par une bonne chouille entre amis. L'amitié, si, vous savez, ce concept élastique, une période on se voit tout le temps, une autre on se voit une fois par an. Pour autant, que la dernière rencontre remonte à la semaine passée ou à l'année dernière, le plaisir est identique, on s'assoit, on discute, on boit, on mange, on délire et on en arrive à lancer des discussions n'importequoitesques jusqu'à ce que l'Aurel national lance la phrase magique ou son nouveau concept de la soirée qui me scotche systématiquement. On se finit à l'arquebuse ou à la poire voire à la mirabelle, un coup de cigare et on laisse les plus volubiles et endurantes finir la soirée pendant que les autres s'enfuient discrètement se pieuter histoire de préparer la grande récupération nécessaire du lendemain.

Vient justement le lendemain matin et ma sempiternelle incapacité à jouir d'une grasse matinée digne de ce nom. Petit tour dans la ville, viennoiseries, marché, et retour dans le jardin en attendant que la maison s'éveille. Et quelle maison d'ailleurs. Nos hôtes ont enfin finalisé un énorme projet, la construction d'une maison écologique, murs en paille, coffrage en bois, isolement parfait, gain d'énergie, montée sur pilotis pour se protéger d'une hypothétique crue du ru voisin. Le résultat est assez génial, qui plus est dans ce décor historique proche de Nogent le Roi. Du coup, quand je vois leur petit bout de Nell en mode totale éclate dans ce havre de paix, bien entourée de papa/maman, j'ai un petit coup de cafard en repensant à mon petit bout de Lise qui n'aura pas cette chance là.

Le samedi après midi, après une bonne branlée qui m'a rappelé rapidement pourquoi la pétanque n'est pas l'activité que je préfère, on passe Dreux en direction de Verneuil sur Havre pour une nouvelle soirée/nuit chez l'habitant. Cette fois-ci, l'ambiance est plutôt familiale, jeux et vin en mode raisonnable.

C'est au moment précis où la chaleur, alliée à la digestion d'un déjeuner pantagruélique, vous met des claques jusqu'à ce que vous pleuriez votre maman de vous laisser faire la sieste, que la course d'endurance repart. Notre petit équipage (sorte d'incarnation de la perfection, du trou de mémoire et du sujet à une narcolepsie du transport) file en direction d'un petit village proche de Caudebec en Caux un peu après Rouen. Cette fois-ci c'est à une cousine et à sa petite famille (un homme, un enfant, deux chats) que nous rendons visite. Je crois que c'est là que j'ai pris ma plus grosse claque du week end, n'en déplaise à la chaleur, à la digestion et au petit monde merveilleux de Cilouseb ;)

A. et L. se sont installés en 2001 dans un vaste domaine comprenant 8 000 mètres carrés de terrain, un immense bâtiment genre grange et une grande maison. Autant vous dire que tout était dans un état plutôt délabré, il suffit pour s'en convaincre de voir l'état d'une partie de la grange. Et bien depuis 2001, ils se sont fabriqués un petit lieu de vie dans une partie de la grange le temps de retaper entièrement la maison, entreprenant quasiment tout par eux-mêmes. Il faut dire que l'homme est du métier comme on dit. Déjà huit ans de travaux et leur finalisation est espérée pour l'année prochaine pour la maison. Tout a été refait en dehors des murs et de la charpente. Le résultat est magnifique. Une incroyable cheminée en briques a été maçonnée de toutes pièces. Un escalier a été intégralement fabriqué. Ce qui est impressionnant c'est de voir que tout doit être pensé longtemps à l'avance et ça fonctionne. J'appelle ça du courage, leur détermination force le respect quand le moindre petit tracas fait aujourd'hui reculer le premier quidam venu dans la moindre entreprise. Avec ça L. cultive un nombre d'espèces fruitières impressionnant, est également artiste sculpteur sur bois. A. est pour sa part créatrice pour ne pas dire sculpteur de bijoux. Après 10 années de vie plutôt spartiate j'ai bien l'impression que leurs dix prochaines années de vie seront plus confortables que celle d'une grande majorité de gens, c'est tout le mal mérité que je leur souhaite.

Le retour de nuit sur la capitale sera difficile, heureusement, les NNBS étaient avec moi, ainsi que Nico qui aura lutté pour ne pas sombrer et me mettre le doigt dans l'oreille quand je semblais sur le point de m'assoupir, comme Virginie qui m'a soutenu très fort dans son sommeil et en sursautant toutes les dix minutes dans une phase d'éveil criard sur le thème de "ça va ?". Ça va, ça va, on est pas encore morts...

Ceci étant dit, les deux projets de vie rencontrés sur ces trois jours me poussent à me remettre un tantinet en question, avec plus de force que lors de mes errances quotidiennes. A 34 ans révolus, j'ai accompli deux trois trucs, donné vie à une adorable petiote, mais je me sens aujourd'hui tellement blasé, sans envie motrice, fatigué du monde général qui m'entoure. D'aucuns ne manqueront pas de me rappeler régulièrement que les projets c'est important, formateur et salvateur mais jusque là, la mayonnaise ne prend pas. Difficile de trouver sa place, et d'évoluer quand tout va si vite, quand tout semble déjà fait, déjà vu. Difficile aussi de tenir une famille, élever des enfants, maintenir un niveau de vie convenable sans se laisser phagociter par ce qui n'est qu'un boulot. Difficile encore d'exister en dehors de ce boulot et de cette vie de famille. Et ce monde de dingue auquel je contribue passivement mais sûrement.

Alors je relativise, considère la chance d'être libre, d'avoir quelques moyens, une vie agréable, de pouvoir orienter un brin ma vie, et de pouvoir faire des choix. J'ai bien quelques pistes, quelques opportunités qui se précisent, quelques envies qui remontent à la surface. Pas encore prêt à bâtir une cathédrale, pas encore prêt à révolutionner mon existence mais il semble venu le moment de concrétiser des petits riens bien accessibles au regard des défis visités.

Et vous, vous faites quoi les dix années à venir ?