UJUO en direct...
le vendredi 11 septembre 2009, 22:43
Dans la folie du mois de septembre, ce jeudi soir était l'occasion d'une nouvelle session d'UJUO (Un Jour Une Œuvre) en direct . C'est toujours un plaisir de retrouver Sylvie, Alexis et Ivan sans savoir vraiment sur quoi nous allons porter nos regards.
Un créneau calendaire commun trouvé via Doodle, une idée de lieu, et nos trajectoires respectives se rejoignent durant un temps que je n'ai plus envie de compter.
Aujourd'hui, nous accueillons une nouvelle participante, Virginie B.
C'est au Palais de Tokyo que nous nous retrouvons, ce temple de la création de l'art contemporain, bâtiment jumeau du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.
Nous pouvons y voir actuellement une exposition d'installations nommée "Spy Numbers" et des clichés de la Nasa sur le thème de l'homme sur la lune justement intitulée "Man on the moon".
Notre intérêt se porte alors sur "Spy numbers" plus sujette aux surprises.
L'exposition démarre avant même d'y entrer bien que beaucoup passent à côté de ces pylônes électriques installés le long du muret nous guidant vers la première salle.
Nous y sommes accueilli, outre un sympathique gardien chargé du contrôle des billets, par une première installation formée de trois gigantesques tuyaux blancs posés en parallèle à hauteur de semi-homme. Il se dégage de ces tuyaux au profil de pipelines d'étranges sons tendance mi-désagréable, mi-interpellant. Passage rapide, je jette tout de même un œil sur l'encart explicatif réduit au plus simple comme cela s'avèrera être le cas de toutes les œuvres exposées. Les "Sonotubes" de Pascal Broccolichi restituent l'enregistrement de l'activité électromagnétique du bâtiment et de ses proches environ. Troublant.
En entrant dans la seconde salle, notre petit groupe est rapidement attiré par trois pierres d'apparence commune disposées sur trois socles verticaux de hauteur et de largeur légèrement différente. Difficile de voir quelque chose d'extraordinaire dans ces pierres ni même de trouver un début d'explication tangible à leur exposition. Nous sommes en présence de pierres de taille modeste que je situerai de mémoire entre 10cm3 et 20 cm3. L'une semble être constituée d'une sorte d'ardoise, une autre d'un minéral ferreux, et la troisième est plutôt banale. Elles présentent toutes un accident plus ou moins important les ayant privé d'un morceau ou arraché à une roche plus conséquente. Les couleurs sont très classiques. Je me laisserai aller à évoquer des pierres d'origines extra-terrestres que m'inspire le volume de l'espace d'exposition et les installations à tendance scientifique qui nous entourent. La réponse tombe, Luca Francesconi nous montre "Trois sommets de montagne prélevés par l'artiste". Ok, bon, ok.
Légèrement déstabilisés par cette incroyable révélation, nous nous frottons aussitôt à une étrange tour de bois, montée un peu à la manière d'un mirador mais dont le sommet est formé d'une circonférence de huit enceintes. Les quatre pieds en bois se terminent chacun par une pièce en métal brossé mais non fixée dans le sol. Les pieds sont reliés deux par deux par des baguettes formant quatre Z par face. Et les enceintes crachent, et je pense que je mesure le choix du terme, d'étranges décomptes à rebours en anglais tendance voix métallique. Cette voix me projette immédiatement dans ces épisodes de Lost où les rescapés atterrissent dans les souterrains et où de temps en temps une voix synthétique égrène des messages irréels. En fait, cette installation de Matt O'DELL semble avoir inspiré le nom de l'exposition. "Numbers stations beacon" est une "diffusion d'enregistrements de signaux radio émis sur les ondes courtes : des voix égrainent une mystérieuse série de nombres". Et après deux trois recherches sur le net, il semble qu'il se cache derrière les spy numbers tout un univers où de mystérieuses séquences donnent libre cours aux fantasmes et interrogations que l'heure tardive m'incite à ne pas parcourir.
L'œuvre suivante semble dérivée d'une forme humaine qui aurait mal tourné. Un assemblage de jouets collés pour ne pas dire agglutinés et recouverts d'une sorte de verni baveux. Le tout donne une forme assez hideuse mais pas choquante ni révulsive. Le monstre tend deux roses fanées dans une main ce qui lui donne une sensation à la fois sympathique mais triste un peu comme un clown moderne. Et là, vous ne me voyez pas venir mais une fois de plus, le sens caché nous échappa et ce n'est qu'à la lecture forcée du petit panneau par une passante zélée que nous le comprenons : "Jim Shaw, Heap - Jouets Mac Donald's". On peut alors plus facilement se laisser aller à une interprétation entre le royaume réputé de la malbouffe et l'amas de jouets de mauvaise qualité issus d'un même marketing.
Nous poursuivons notre visite par une nouvelle installation aux dimensions vraiment impressionnantes. Une pièce réservée, un pan de mur entier qui fait corps intégral avec l'œuvre, et des pans de placos qui semblent sortir de ce mur comme déchiré par une explosion. Au moins trois grandes formes de plusieurs mètres de long comme des tranches de Placoplatre. Des figures géométriques un peu colorées se trouvent sur les côtés semblant venir de l'intérieur du mur comme pour suggérer qu'il y a avait quelque chose de l'autre côté. La forme la plus grande me fait l'impression d'une aile d'avion dans sa forme et ses dimensions, son extrémité pointue est assez menaçante s'avançant vers le spectateur. L'issue de secours à droite puis les spectateurs que nous sommes donnent une bonne échelle du relatif gigantisme qui s'en dégage. Le descriptif lui par contre est cette fois-ci au paroxysme du laconisme : "Felix Schramm, Omission - Placoplâtre, bois, métal, peinture, plâtre". C'est le moment que choisit une troupe de jeunes touristes pour investir la place.
Nous terminerons notre jeu de superposition de regards sur une photographie de taille très grande, composée de deux parties séparées par l'angle droit formée par les deux murs sur laquelle elle se trouve exposée. Une photographie noir et blanc, représentant une scène de nuit, sur laquelle on voit une petite foule, en habit de ville dont l'époque nous fait penser à la période d'avant guerre. Cette petite foule semble réunie dans une ambiance assez détendue, ça discute, ça fume, deux trois personnages regardent le photographe et un petit groupe semble plus occupé à regarder vers le haut de l'arbre central, personnage sans conteste principal de cette photographie. Nombre de personnages sont "cramés" par le flash, cette photographie semble prise sur le vif, un peu à l'arrachée. Il ne s'en dégage pas grand-chose si ce n'est cette incompréhension du but de cette réunion nocturne. Cette fois-ci c'est le gardien qui vendra la mèche : cette photographie est une scène de lynchage, mais les corps et les cordes en ont été effacées. "Ken Gonzales-Day, The Wonder Gaze, St James Park". Sur le point de partir, la déclaration d'un gardien me fera bien sourire intérieurement devant la photographie de lynchage trafiquée : "Il n'y a rien à comprendre. Et puis on nous sélectionne au poids. J'ai laissé ma cervelle à l'entrée".
Le sentiment qui nous prend du coup est assez général à l'exposition. Les œuvres seules manquent de lecture, on n'arrive à leur donner une interprétation et à y trouver une émotion qu'à travers la lecture d'un descriptif pour le moins épuré à l'exception peut être de l'explosion murale de Felix Schramm.
Difficile de trouver un fil conducteur et ce ne sont pas les dernières œuvres rencontrées qui nous y aideront. La reproduction d'une chambre sous vide permettant d'expliquer le phénomène des aurores boréales et qui ne fonctionne que quelques minutes tous les 10 jours, les 365 paires de lentilles disposées dans deux monocles géants comme une surprenante collection de bulles, et les "Living photographs" des années 20 d'Arthur Mole et John Thomas dans des mises en scène surréalistes matérialisées par des milliers de figurants et représentant des drapeaux, des figures humaines, et des symboles variés.
Le temps de boire un verre, d'échanger un peu sur ce que nous avons vu, de discuter du site Un Jour Une Œuvre, des nouveautés que nous aurions envie de glisser dans cette expérience, de parler d'une futur date, d'envisager une solution pour produire une publication des œuvres les plus regardées et nous nous apprêtons à prendre le départ.
Non sans observer une nouvelle fois ce lieu, le palais de Tokyo, pour le moins dénudé, bâtiment aux volumes fastueux mais au décor très industriel et épuré parfaitement adapté à l'ambiance portée par l'art contemporain. D'ailleurs certains ne s'y seront pas trompés, c'est aux toilettes que je trouve l'essence des lieux : "pour faire branché faites délabré", pensez-y. On y reste encore un peu aux toilettes et j'en viens à me demander si ce petit cadre sur une barre près du plafond est une œuvre officielle ou un pirate. Trois photos, une étiquette sans plus d'indication que cela, le tout se mariant parfaitement avec le tag placé au dessus (Et ce n'est pas Girls & geeks qui renierait ce spécial guide des chiottes made in Palais de Tokyo ).
Et si vous apportiez votre regard sur l'art ?
Et découvrez également le regard d'Ivan Sigg sur cette séance en direct.
Cet article appartient à la catégorie Au fil de l'eau
Cet article peut être consulté à l'adresse permanente ci-dessous :
http://www.speigallery.com/post/2009/09/11/UJUO-en-direct






Commentaires
Parfaite restitution de notre regard collectif ... Et bravo pour les photos... j'aime particulièrement l'ambiance de la première.
Ben, moi, ça me donne des complexes d'infériorité à la fin ...
Explique moi comment tu fais pour avoir assez de temps pour écrire des chose que je n'ai pas le temps de lire...et, en plus, de venir commenter sur mon blog !
J'imprime et je vais me le lire tranquille sur le futon du bureau pendant que ça rince, les tirages de ce soir, je veux dire.
Moi aussi, j'aime beaucoup la première photo, composition parfaite, mais aussi la troisième avec sa pointe de rouge.
Bravo pour toutes ces missions accomplies, les courses chez Prophot, le film fait et porté chez Demi-Teinte...mais je ne vois pas l'expo Cartier-Bresson dans tout ça ! Tu l'avais vu avant ? Ou alors t'es pas vraiment un surhomme et t'as pas eu le temps ?!
A mercredi avec grand plaisir.
Flore
je suis peu réceptive à l'art contemporain mais par contre les photos des hommes sur la lune ça m'aurait plu!