Tiens, j'ai envie de râler un peu en ce moment.

Alors en attendant le gros énervement qui arrive, voici un petit grognement, plus fataliste que combattif.

Je vous invite à lire cet article du journal Le Monde (et ses 413 commentaires à cette heure) dans lequel un journaliste, marron comme dirait ma fille, relate ses galères quotidiennes à tendance discriminatoires au point de ne plus arriver à dire son prénom lorsqu'il se présente.

C'est assez tendancieux de publier un tel témoignage dans un quotidien mais ce témoignage est éloquent et fait certainement suite, d'une part à une douleur de trop, et certainement également aux déboires de Brice Hortefeux.

Il est toujours triste de constater que dans un pays qui se dit progressiste, tolérant, et mettant la liberté sur la plus haute marche des valeurs fondamentales, un véritable apartheid psychologique résiste en masse de manière souvent consciente et parfois inconsciente.

On aura beau me dire que le témoignage de cet homme est partial, ce qu'il dit, je le constate moi-même au quotidien. Insultes à caractères racistes pour un oui ou pour un non, regard qui en dit long, discriminations, la liste est longue.

Alors quand nos élites se laissent régulièrement aller aux petits mots qui font mal sur le soi-disant ton de la plaisanterie, je la trouve bien amère moi la plaisanterie.

Et cette élite représente une même diversité de pensée que le peuple qu'elle représente. Sur le même ton de la soi-disante plaisanterie, j'en entends des petites phrases assassines à tous les niveaux de notre belle société.

Bien évidemment, je ne conteste pas les progrès du dernier demi siècle écoulé où de nombreux tabous sont tombés, où des sociétés entièrement tournés vers la xénophobie se sont écroulées, et où la tolérance et la mixité ont progressé. On se supporte tant bien que mal, et la plupart du temps cette mixité fonctionne génialement bien.

J'entends aussi les arguments qui me font bien rire jaune du style, oui, mais et chez eux hein, vous croyez qu'il n'y en a pas du racisme anti-blanc ? Alors bon, chez eux, c'est la France pour une grande partie. Et oui, la nationalité française ne dépend pas heureusement que de la couleur de peau mais plus simplement du fait d'être né sur le sol français à quelques nuances près. Et effectivement la xénophobie est omniprésente, je défie tout pays, toute communauté d'être totalement dénuée de xénophobie.

C'est bien ce qui me désespère. Pour autant que nous partagions tous une même origine, nos modes de vie, nos conditions géographiques, climatiques, et les flux migratoires étalés sur des millions d'années font que les six ou sept milliards d'être humains que nous sommes présentent des divergences physiques, religieuses et culturelles, des différences quoi. Et la peur et l'ignorance font que ces différences sont mal supportées. C'est bêtement humain. Il suffit d'observer un enfant, à priori assez épargné de la chose, à l'œuvre face à la différence. Étonné, mal à l'aise, il a tendance à fixer du regard. Il ne comprend pas, il s'interroge, et par défaut, il a plutôt tendance à éviter d'entrer en contact avec cet individu si différent. Tant de choses à expliquer.

Rien n'est simple en matière de xénophobie, tout est ancré au plus profond de nous. Si je mets de côté les caractères physiques, religieux ou culturels, j'ai moi-même une sorte de sélection naturelle des gens que j'ai envie d'approcher. Je ne me l'explique pas, quelque chose dans le comportement, dans la manière de s'exprimer, de penser, ça va assez vite. La différence, c'est que je suis capable de rester correct, d'échanger s'il le faut, je n'insulte personne, et ça ne va pas plus loin que ça. Incompatibilité d'humeur comme on dit.

Tolérance, respect, dialogue et humilité sont des vertus à cultiver.