PGBP
le mardi 1 décembre 2009, 01:17
(Paris Gent Bruxelles Paris)
Cela faisait un petit moment qu'on ne les avait vu sur les routes.
Vendredi soir, le départ est donné tardivement. Il entraîne Elle dans une première étape étrange combinant RER surchargé de Denfert-Rochereau à Gare du Nord, puis train de banlieue jusqu'à Enghien les Bains pour terminer par un mini treck urbain dans les rues de Montmorency où Il abandonne régulièrement son fidèle 4 roues motorisé. Une fois la suée épongée, le cap est mis sur le nord. Non, pas le grand Nord des ours blanc agonisant et dérivant sur un iceberg vestige de la grande banquise, plutôt le Chnor rendu célèbre par un film boudé par une cérémonie des Césars un brin snob.
C'est à la pause essence / toilettes / soupe / Haribo Polka qu'Il et Elle prennent amèrement conscience de la fraîcheur de la température, le vent et la pluie donnent aux huit degrés ambiant un petit air de Sibérie pour qui ne s'est jamais vraiment rendu en Sibérie. Qu'à cela ne tienne, prenant leur courage à deux mains, Il et Elle ne rebroussent pas chemin, les fantômes d'un travail harassant sont trop proches et leur simple évocation donne au couple un sursaut d'énergie salvateur.
La faim les tenaille bientôt et c'est dans un petit restaurant d'Arras qu'Il et Elle auront raison d'elle à coup de poissons, de moules et de frites. Rien de tel qu'une cocotte de moules au maroilles pour vous combler un homme. En ressortant du lieu, Il ne manque pas de remarquer ce remarquable homard géant qui vous fait fuir un client autant qu'il en attire un autre. Comme un écho prémonitoire à la suite du week end mais j'y reviendrais un peu plus tard.
Le grand Chnor de la France n'est pas leur destination finale, rapidement l'immatérielle frontière séparant la France de la Belgique est franchie. Passée l'heure du crime, la fatigue se fait sentir, Il tire un peu sur la corde, Elle tire un peu sur ses nerfs à base d'un tonitruant "ça va ?" jeté tous les quart d'heure comme un cri coupable au sortir d'un assoupissement récurrent. Quand Il regarde son rétroviseur gauche comme s'il pouvait être suivi par de soupçonneux individus à la poursuite de James Bond, Elle se met à gueuler qu'Il s'endort ne voyant plus ses yeux. Et c'est dans ce comique de répétition qu'Il et Elle rejoignent bientôt Gent la belle. Cette arrivée est saluée par un déluge prophétique d'un séjour aqueux. En pénétrant Gent la belle, Il a un peu l'impression de s'immiscer entre les cuisses de la cité interdite. Face à un dédale de petite rues aux noms imprononçables, aux sens interdits innombrables, aux travaux titanesques condamnant le passage, Il ne perdra pas pied et Elle se révèlera une improbable co-pilote efficace au point de les mener à bon port.
Soulagés ils peuvent enfin goûter à une nuit réparatrice dans un lieu chargé d'histoire, le monastère de PoortAckere reconverti en hôtel.
Quand Il et Elle rouvrent les yeux, nous sommes samedi matin et… il pleut… Cela ne les empêche pas d'apprécier un petit déjeuner qui les fera patienter jusqu'à un peu plus de 15h ni de visiter l'ancien monastère dont on peut se demander si le dépouillement de la décoration relève plus de difficultés financières à entretenir un lieu si grandiose ou de la volonté d'honorer le train de vie monastique des anciennes occupantes des lieux. Cela ne les empêche pas non plus de se balader dans une ville tout autant chargée d'histoire. Gent présente nombre de caractéristiques des villes flamandes, ses maisons de quelques étages aux façades en escalier, ses canaux, ses grandes places, son beffroi, ses églises, ses palais. Pour autant, Gent n'est pas une ville musée, en témoigne ces impressionnants travaux qui transforment la ville à grand coup de tranchée, la boue s'échappe de ces plaies béantes comme du sang.
Moins d'une journée ne suffit évidemment pas à prendre correctement le pouls d'une telle ville ni à en effleurer l'âme ou l'essence. La pluie et la bougeotte poussent Il et Elle à quitter les lieux pour d'autres sirènes encore plus attrayantes, celles de la capitale, Bruxelles. Pour autant, Il et Elle se disent qu'ils reviendront à Gent, à une saison plus clémente.
Bruxelles est ralliée en fin d'après midi, le temps de trouver un abri pour la nuit et Il et Elle partent à l'assaut de la cité. Installés tout près de la place Sainte-Catherine, c'est par ce quartier que démarre le périple. Une importante partie du marché de Noël y est installée, sa grande roue, sa patinoire, ses étals de fin d'année, ses chocolats, ses guimauves, ses cuberdons, son vin chaud, son couple de vendeurs québécois invitent à la flânerie, toujours sous la pluie…
Quand vient le moment de choisir un restaurant, c'est un petit instant de désespoir qui s'empare d'Il et Elle quand les portes des restaurants se referment les unes après les autres avec le même son de cloche "nous sommes complets ce soir" ou sa variante "pas avant trois quart d'heure". Et c'est alors que le homard les rattrape comme une corde de temps suspendue entre Arras et Bruxelles, le seul restaurant du quartier accueillant sans condition autre qu'un portefeuille bien garni affiche le homard comme emblème. N'en déplaise à une clientèle très embourgeoisée, Il et Elle bouderont le crustacé cuirassé pour d'excellents plats de poissons un peu plus abordables. Un petit tour sur la Grand Place pour admirer un jeu de son et lumière sur l'Hôtel de Ville, un dernier verre dans un nid de trentenaires bruxellois et c'est en rêve qu'Il et Elle continuent leur visite de Bruxelles.
De nouveau, quand ils ouvrent les yeux, le dimanche matin… il pleut… Sans s'abandonner au pourtant facile désespoir, sans maudire le genre humain ni le genre divin, Il et Elle repartent à l'assaut de la cité. Le programme de la journée est ambitieux. Entre découverte des puces de la place du jeu de balle, itinéraire de découverte des façades BD, brève incursion dans le parc royal, visite gustatives des grands chocolatiers de la place, orgie grasse dans une friterie typique, visite initiatique du magnifique Mim (Musée des Instruments de Musique) avec aperçu de l'Atomium depuis la vue panoramique du 10ème étage et voici bientôt la fin de journée sonnant l'inévitable retour vers une autre capitale.
Il et Elle disent au revoir à Bruxelles tout comme à leurs illusions de visite d'un Musée Magritte complet dès midi, et d'un Centre Belge de la Bande Dessinée pour lequel le temps fit tant défaut. Illusions aussi de voir le petit bonhomme urinant, l'Atomium de près et tant de merveilles qu'il leur faudra revenir voir une prochaine fois une fois (avec l'accent belge).
En à peine plus de trois heures, Il et Elle passent de la schizophrène capitale de la Belgique et de l'Europe à la capitale de la France. Étrange pays que cette Belgique dont l'unité est plus que jamais menacée entre deux cultures qui semblent souvent se mépriser et dont pourtant l'un des plus hauts représentants prend la tête symbolique d'une grande Europe dont tant reste à faire pour parvenir à unifier un peu mieux ses différents états membres.
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Commentaires
Tu retrouves ici une plume vagabonde, chargée d'images qui parlent ta langue : un vrai petit récit singulier pour une vraie petite histoire. Ça faisait longtemps, et ça fait plaisir à vivre puis à lire ! Merci mon ange.