Le samedi 13 mars dernier, les acteurs d'Un Jour Une Œuvre s'étaient donné rendez-vous au 60 rue Bassano à Paris, non loin de l'avenue Georges V et des Champs Elysées.

Et il y avait du monde à cette session, les habitués Alexis, Ivan, Virginie et moi-même étaient presque tous là à l'exception de Sylvie, Eric Meyer profitait d'une session le week-end pour enfin se joindre à nous, et nous avions également amenés enfant et conjoints.

C'est donc une véritable armée qui a investit les lieux du centre culturel Louis Vuitton.

Tout commence dans l'ascenseur qui nous amène si je me souviens bien au second étage où se trouve l'exposition qui nous attire ce jour "Chili l'envers du décor".

Dans l'ascenseur dis-je car l'hôtesse nous prévient d'emblée de jeu, vous allez vivre une expérience intitulée "Votre Perte des Sens" de l'artiste Olafur Eliasson. Les portes se ferment, l'obscurité s'installe et nous montons silencieux, les autres sens que la vue exacerbés. Très chouette et déstabilisant.

Notre petite troupe se dirige aussitôt vers une grande pièce lumineuse très accueillante offrant au travers d'une double porte-fenêtre une belle vue sur les Champs Elysées.

Dans cette pièce, nous nous trouvons face à trois séries de photographies. Sur le mur de gauche, quatre photographies, de taille égale, placées à même hauteur, nous montrent quatre personnage, tous de dos, dans un cadrage très proche, à savoir, les personnages occupant la moitié inférieure de l'image, coupés au niveau du bassin. Ils semblent regarder tous un paysage, naturel, au grand air.

La série de droite est un écho à celle de gauche, quatre images, même taille, même hauteur, quatre personnages également, de dos également, ceux là sont tous coiffés d'un chapeau, et regardent tous également un paysage naturel, au grand air. Le cadrage est toutefois plus serré, plus proche. Le point commun de ces deux séries d'image semble être l'horizon, seul personnage commun à toutes les photographies, l'horizon donc et les grands espaces qui se ressentent aussi sur chaque image, peut être aussi la place de l'homme dans ces grands espaces et à l'infinité de la nature.

La troisième série est en fait une photo unique qui tranche radicalement avec les huit autres. Beaucoup plus grande, elle occupe la largeur de tout un pan de mur, pratiquement autant que quatre des autres photographies. On y voit cette fois-ci deux personnages, cadrés sur le buste, coiffés d'un passe-montagne de sorte à ce que l'on ne voit que les yeux et un bout de nez. Derrière eux, de nouveau l'horizon, les grands espaces, une mer ou un océan. Et une phrase qui semble souligner la ligne d'horizon. Pauvre de moi, je ne me souviens plus de ce qui disait la phrase, mais il me semble qu'elle invitait globalement le specateur à s'interroger sur ce qu'il se trouvait exactement derrière cette frontière et cet horizon.

Assez intimidés par notre petit nombre, les différents participants y sont allés chacun de leur petite interprétation timide, y compris les enfants, mais en dépit de ces hésitations, c'est une des parties de l'exposition sur laquelle nous nous sommes le plus attardés, certainement car échanger autour de grandes photographies reste assez facile.

Nous observions l'œuvre "Metaphors of a horizon" par Enrique Ramirez.

Nous passons rapidement une fresque impressionnante de dessins de Oyarzùn Alvaro ainsi qu'une étonnante installation de vitrines montrant un exercice d'illusion optique à priori à base de miroirs sans teint de Gumucio Ignacio pendant que les enfants dont le quart d'heure d'attention a certainement été atteint sont déjà dans la pièce suivante à faire un brin dissipés.

C'est dans cette salle que nous nous installerons dix minutes, tout en maîtrisant nos jeunes recrues, pour observer cette fois-ci une vidéo. Nous voyons des successions de plans sur une étendue d'eau vue de manière rapprochée. Il semble s'agir d'un plan d'eau douce non vive type étang ou lac. On voit de temps en temps la pluie battre la surface de l'eau, parfois des bulles venir rompre une certaine harmonie aqueuse, et diverses petites variations sur un thème proche. En fond sonore, des sons dont je ne me souviens plus très bien mais pas forcément en rapport direct évident avec l'eau que nous voyons vivre sous différentes formes. La vie, c'est un peu ce que je ressens en regardant ces plans différents, je sens cette masse d'eau être un peu plus qu'une masse d'eau, dotée d'un semblant de vie dans les jeux et variations incessantes de sa forme. Cette vidéo est l'œuvre de Carolina Saquel et se nomme "Cuero Vivo".

Et c'est sur une autre installation vidéo que nous passerons la fin de la visite. Nous entrons dans une grande salle dans laquelle sont installés deux grands écrans, dos à dos, formant un peu une sorte de ballon de rugby géant. Simple coïncidence, les deux écrans représentent un stade. En passant d'un écran à l'autre, nous avons d'abord l'impression qu'il s'agit de la même vidéo projetée de manière décalée un peu à la manière d'une chanson en canon. Puis, en prenant le temps de bien regarder, il semble en fait s'agir de vues un peu différentes du même stade. Nous voyons sous nos yeux un grand stade, sans âme, sans spectateur, sans présence humaine, un stade où nous nous demandons d'abord s'il est en construction ou en destruction. Nous tombons à peu près d'accord pour dire qu'il s'agit plutôt d'une destruction à bien regarder les amas de béton, les rangées de sièges entassées sans soin, les pelleteuses à l'arrêt le nez dans une tranchée. La seule trace ramenant à un peu d'humanité que je vois concerne les panneaux "Salida" que j'ai envie d'emprunter pour fuir la tristesse qui se dégage de ce lieu pourtant grandiose. Cette oeuvre se nomme "Estadio nacional 11.09.09" de Camilo Yàñez.

Certains d'entre nous devant partir nous quittons bientôt ce lieu d'exposition prestigieux à l'image de la marque qui le finance. Nous reprenons l'ascenseur merveilleux, qui nous offrira un regard sur le premier étage, le magasin Louis Vuitton, à l'ambiance si particulière.

Une partie de la troupe prolongera l'expérience par une petite escapade au jardin des Tuileries, quelques crèpes et chocolat viennois autour d'étonnantes sculptures, discussions projetant de possibles devenirs d'Un Jour Une Oeuvre et nous voici repartis vers la suite de nos vies.

Voir aussi la note d'Ivan Sigg ou le site de l'Espace Culturel Louis Vuitton.

Vous pouvez aussi vous prêter au jeu du regard d'œuvre sur Un Jour Une Oeuvre.