Paris n'est pas si Rose
le mercredi 28 avril 2010, 23:22
Difficile d'échapper ces derniers temps au battage médiatique savamment orchestré autour de l'exposition Rose c'est Paris du tandem Bettina Rheims (à la photographie) / Serge Bramly (à l'écriture).
Dans un cadre pas dégueu, en l'occurrence une "petite salle" du site Richelieu de la Bibliothèque Nationale de France, le duo présente une série de photographies et une vidéo le tout agencé de manière à conter une histoire.
C'est une petite réflexion que je me faisais récemment après une petite succession d'expositions et de monographies (le mot savant pour parler de livre d'art), on voit assez peu de travaux racontant une histoire. On voit souvent des choses magnifiques qui dressent une ambiance, une impression générale, une série mais rarement une histoire.
Je ne voudrais pas donner l'impression d'inciter à relancer le roman photo, quoi qu'il puisse s'agir d'un défi intéressant, mais disons que la récente lecture des travaux de Sarah Moon comme Circuss dérivé du compte d'Andersen de la petite fille aux allumettes m'a assez laissé sur le cul dans l'idée de raconter une histoire en images figées.
Donc bon là pour revenir au sujet de départ, le duo d'artistes nous livre une œuvre d'art hommage, entre autres, à Rrose Sélavy, personnage fictif et subversif créé et incarné par le surréaliste Marcel Duchamp. Au programme, une fiction imagée de manière fixe et animée autour d'une pseudo disparition d'une jeune "R" et de la quête de sa jumelle "B" lancée à sa recherche dans un Paris onirique comme érotique, à la croisée d'un Fantomas et des Ailes du Désir et d'une imagerie osée fantasmatique que ne renierait pas Helmut Newton.
J'ai eu beau chercher un peu, je n'ai pas réussi à trouver de critique désagréable sur cette exposition et cela renforce pourtant encore un peu plus le sentiment que j'ai eu en la visitant.
D'une manière générale, j'ai pris plaisir à découvrir cette imagerie déjantée, mais elle m'a laissé une impression proche de l'adaptation d'Alice par Tim Burton, enfin, non, plutôt même de l'Adèle Blanc Sec de Luc Besson, à savoir de grands moyens, de belles images, une grande maîtrise mais un résultat qui ne m'a pas convaincu.
Pour rester centré sur Rose c'est Paris, je n'ai pas du tout été embarqué par l'histoire sans originalité et qui m'a semblé un simple prétexte à la mise en scène de fantasmes et de belles images. Je comprends, j'approuve et je reçois les différents hommages rendus mais je trouve vraiment l'orchestration générale décousue et sans saveur. Tout ça est renforcé par la débauche de moyens et de stars. Le film dessert à mes yeux totalement le travail photographique, j'ai trouvé le jeu d'acteurs désuet et pas crédible. Autant j'apprécie à fond le surréalisme, autant ici, j'ai l'impression qu'il ne fonctionne pas. Je trouve que tout sonne fortement faux.
J'ai noté quelques belles réussites à mes yeux côté photographie parmi lesquelles :
-> L'hypothèse du complot
-> Pierres de rêves, une femme étendue sur un canapé fumant une chicha dans un style oriental
-> Rasée où cette femme rasée me dérange
-> Interdit aux hommes : 2 femmes d'une humeur plus que joyeuse, courbées, tête en l'air, une petite affiche en fond façon interdiction de fumée avec un sexe d'homme stylisé
-> Poulet frites avec une énorme Valérie Lemercier
-> La Joconde du Métro avec ce regard si dérangeant
-> L'horloge parlante avec cette femme et son téléphone rétro
Avec les moyens mis en œuvre ici, autant dire que je m'attendais à mieux.
N'hésitez pas à me laisser vos impressions si vous avez vu l'exposition histoire de voir si je suis le seul VPC comme dirait Féfé.
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