Il y a des matins où on se lève la gueule un peu plus enfarinée que les autres sans vraiment savoir pourquoi, en dehors du souvenir de s'être réveillé plusieurs fois au cours de la nuit.

Des matins où en dépit de la meilleure volonté du monde je n'arrive pas à partir tôt au bureau.

Des matins où, à la joie de m'entendre dire par ma messagerie que mes négatifs déposés en début de semaine sont prêts, succède le dépit de se rendre compte que pas mal de bonnes idées ne sont pas à la hauteur de mes attentes. Sans surprise la réussite de belles images nécessite du temps, de l'expérience et la maîtrise de ses outils et trop souvent je déclenche à la va-vite.

Alors quand je gagne enfin mon clavier et que je me rends compte que ma liste de tâches va une nouvelle fois voir son ordre bouleversé quand la résolution de petits soucis de code se révèle plus ardue que prévu (comprendre par là qu'il me faudrait des pomodoro de 23h30 plutôt que de 25 minutes), je comprends alors que le gris qui envahit ce jour s'accorde parfaitement à la tournure générale que prend cette journée.

Je jette finalement l'éponge vers 22h, ferme délicatement la porte du bureau pour que le gardien ne me fasse pas sa scène de la porte qui réveille sa gamine. C'est en regagnant sans gloire mon domicile que ma médiocre soirée qui s'annonce entre en collision avec la géniale soirée d'hier soir.

Je tombe sur quatre individus un peu louches qui semblent se battre et qui en tout cas se font une belle mêlée bien virile à quatre au point que je ne vois pas bien qui peut agresser qui. Je me remémore alors cette sensation d'invincibilité et de témérité d'hier soir qui s'est sans surprise envolée au terme des quelques heures séparant les deux instants. Qu'est-ce que je fais ? Je m'en mêle au risque de m'en prendre une ? Je passe sans demander mon reste ? Fichtre, ils ont l'air costauds les gars ! Bon, sauvé, en fait ces sauvageons semblent juste en train de s'amuser, ils se dégagent, se charrient avec toute la chaleur humaine dont Mike Tyson pourrait faire preuve, et s'en vont. Bon coup d'adrénaline tiens.

Puis, gagnant Pernety, j'assiste à l'engouement footbalistique de tous ces supporters d'un soir qui ont envahi les cafés de la place au point de transformer le carrefour entre les rues Didot et Pernety en annexe du stade. Ceux qui comme moi ignoraient que Marseille jouait ce soir contre Auxerre ne pourront plus l'ignorer au détour du croisement. Il doit y avoir autant de bruit dans la rue que dans les gradins. Tout ce déferlement de cris et d'énergie me met mal à l'aise, le dieu foot est puissant.

Je gagne enfin mon logis, occasionnellement vide en ce vendredi soir.

Le réconfort viendra en me replongeant dans le livre fabuleux de Robert & Shana ParkeHarrisson que le monsieur d'UPS a bien voulu m'amener en milieu de semaine, en provenance de Corée via les Etats-Unis. Ce livre aura plus voyagé en un mois que le péquin moyen en toute une vie. Mais les images fortement chargées en poésie imagée qu'il contient méritaient bien les six mois de patiente attente de cette réédition, entre le moment où je l'aurai découvert chez Flore et ce soir où je le tiens dans les mains.

Allez, demain est un autre jour, départ pour 3 jours sur Annecy. La pluie est annoncée, moi aussi.