J'étais parti pour écrire une petite note légère ce matin et mon petit tour du web m'a radicalement rappelé que le monde dans lequel je vis n'est pas la terre des Bisounours.

Un reportage mêlant photographie, son et textes (on appelle ça un infographe visiblement au journal Le Monde) m'a rappelé combien le principe d'égalité à la base même de notre constitution reste avant tout un fantasme utopique. Par définition, nous sommes tous uniques, donc différents, donc inégaux.

Ce reportage se nomme "Les emmurés" et l'énoncé même de ces deux mots provoque en moi quelques frissons.

Le sujet porte sur les personnes souffrant du double handicap d'être sourd et aveugle.

Faites l'expérience trente secondes. Fermez les yeux et appliquez vos mains sur vos oreilles.

Vous serez encore à des lieues de pouvoir imaginer l'enfermement que doivent ressentir ces êtres humains.

Et là, je pense que vous serez à même de relativiser pour les quelques heures à venir tous les petits tracas parasitant vos vies.

Les photographies qui accompagnent le reportage sont saisissantes, j'y perçois la détresse de ces personnes tout autant que leur combat pour essayer de vivre au quotidien.

Aveugle et sourd, ces deux sens sont fondamentaux dans l'apprentissage de toute chose et la perception du monde qui nous entoure. Comment arriver à communiquer et ne pas se replier sur soi-même ?

A ma grande stupéfaction j'ai découvert suite à cette lecture un tantinet plombante, l'existence de Helen Adams Keller. Cette femme atteinte par cette double peine à la suite d'une maladie infantile, a réussi à sortir de son enfermement grâce à l'acharnement d'une éducatrice ayant réussi l'exploit d'établir une communication avec elle. Ann Mansfield Sullivan est également parvenu à lui enseigner un langage tactile à travers le dessin de signes dans la paume de la main.

Forte de cet exploit, Helen Keller est allée encore plus loin en apprenant à lire et écrire (de manière adaptée j'imagine), en passant un diplôme universitaire et en devenant écrivaine et conférencière.

Personnellement, cela me donne un peu le vertige, d'autant plus que cette heureuse tragédie se déroulait à la fin du 19ème siècle, mais pour une Helen Keller, combien d'emmurés vivant ?

Dans ma liste de lecture, je viens de rentrer "Sourde, muette, aveugle".