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Photo © Alec Soth

Il y a quelque chose de fascinant à mes yeux dans les pays de l'Europe de l'Est.

Cette diversité de territoires, de cultures, de peuples, et d'histoires ont pour beaucoup le point commun d'avoir connu jusqu'à très récemment et parfois encore pour certains d'entre eux, de bien sombres années entre communisme, guerre, misère et fermeture au monde.

Depuis la chute du mur de Berlin, une certaine dislocation de l'empire de l'URSS, et la sortie progressive du communisme, ces pays connaissent une mutation très forte.

C'est comme si entravées depuis des dizaines d'années, ces populations se trouvaient prises d'une sorte d'hyperactivité au goût de rattrapage du temps perdu.

La Géorgie est un pays dont on entend régulièrement parler mais dont ne connait pratiquement rien.

De la Géorgie je saurai dire qu'il s'agit d'un ancien pays de l'URSS, que ce pays indépendant sur le papier est encore fortement influencé par la puissante Russie, qu'une guerre a tout récemment éclaté entre les deux puissances à propos d'une partie frontalière non négligeable de Géorgie tentée de faire sécession pour se réintégrer à la Russie, et que sa véritable tentative de devenir une démocratie en se débarrassant des influences passées et de la corruption s'est faite voici moins d'une dizaine d'années à travers la révolution des roses.

A part cela, je ne connais rien de ce pays en dehors du nom de sa capitale, Tbilisi et de ce territoire encore sous la domination militaire russe l'Ossétie du sud. Rien sur son histoire, rien sur sa culture, rien sur ses ressources, rien.

Autant dire que le travail de l'agence Magnum exposé jusqu'au 6 juin gratuitement à la mezzanine du Palais de Tokyo m'a donné envie de m'y rendre pour en découvrir un peu plus.

Cette exposition regroupe le travail de dix photographes de l'agence, invités en 2009 par le Ministre de la culture géorgien, a venir poser leur regard sur cette nouvelle Géorgie.

Si l'on peut s'interroger sur l'objectivité d'un travail commandité par l'instance gouvernante d'un pays, fusse-t-elle culturelle, il semble que les photographes aient bénéficié d'une certaine liberté de ton et de regard et que tous ce qu'ils ont vu et rapporté ait pu être publié sans censure.

Ce qui est intéressant dans cette exposition, et dans le livre associé, c'est la superposition de regards et d'axes de lecture différents d'un pays et de sa population. Cela me rappelle un peu le travail du collectif Tendance Floues qui à travers ses revues Mad In pose des regards collectifs parallèles sur des pays et/ou villes comme la France, l'Inde et Pékin. Je trouve cette manière d'aborder la découverte riche et intéressante, hors des sentiers battus habituels de la presse et des magazines.

Pour en revenir à ce printemps géorgien, dix photographes de Magnum parmi lesquels quelques célébrités (Alex Majoli, Antoine D'Agata, Martine Franck, Martin Parr, etc.) ont exploré chacun de leur côté, associé à un guide, un pan du territoire et une thématique donnée.

Pour une découverte détaillée de ces travaux, je vous inviterai à vous précipiter au Palais de Tokyo d'ici la fin de la semaine, à vous diriger sur le site très exhaustif mais en anglais du projet, ou à vous procurer, d'une manière ou d'une autre, le beau livre qui en est issu.

Quelques éléments que j'ai retenu de mon côté.

Alec Soth que je ne connaissais pas s'est lancé sur la piste de la plus belle femme du monde qui ne manquera pas de faire penser au récit d'Octave Parango, l'anti-héros de Au secours pardon. Contrairement au livre de Frédéric Beigbeder, on est ici sur une recherche assez légère, saine et drôle dans les villes et campagnes géorgiennes et l'on découvre que la femme géorgienne n'aime pas se faire photographier. A voir au palais de Tokyo et dans le livre du projet, le carnet de voyages du photographe dont certains passages sont assez drôles.

Jonas Bendiksen, autre photographe que je ne connaissais pas, a quant à lui exploré la vie de la jeunesse géorgienne. Sans surprise, la jeunesse géorgienne présente une soif de vie débordante et ne manque pas de spécificités culturelles.

Encore un photographe que je ne connaissais pas, Gueorgui Pinkhassov a produit de petites images assez belles, à la fois esthétiques et poétiques, sur un thème que je n'ai pas bien compris.

Autre thème que je n'ai pas bien compris, sans que cela me surprenne pour autant au regard du photographe, Antoine d'Agata nous embarque dans un road trip poétique sur la route 27 qui traverse la géorgie de la Turquie à l'Azerbaïdjan. Etonnant et inquiétant. Dommage que les longs textes aient été en anglais, la flemme du mercredi soir l'ayant emporté sur la curiosité.