Le mois de novembre est à Paris le mois de la photo.

Alors la photographie étant un domaine que j'affectionne un peu, il était temps que je me réveille un peu pour éviter de me retrouver à faire la liste des expos que j'aurai aimé voir.

Hier pour commencer, ou après une matinée à sortir un peu O. de passage à Paris du côté du "village" de Bercy, nous avons traversé la Seine par la passerelle Simone-de-Beauvoir pour pousser jusqu'à la tour Est de la BNF. C'est dans la Grande Galerie que se trouve exposée "la France de Raymond Depardon".


© Raymond Depardon / Agence Magnum

On peut vraiment parler d'exposition ici, la scénographie est assez impressionnante. D'un côté, de très grands formats dans une grande salle principale, avec 36 images de la série. Une petite salle reprenant les mêmes images en petit format accompagnées de légendes. De l'autre, une exposition pédagogique principalement axée sur la manière dont Raymond Depardon a entrepris ce travail pharaonique de 4 ans (plusieurs séries de quinze jours chaque printemps et chaque automne) itinérant notre beau pays dans son camping-car y dormant même les premiers temps. Intéressant également de voir présentée la méthodologie du photographe, les polas préparatoires, les cahiers de prise de note, la chambre, les négatifs, etc.

La thématique de cette série est assez simple dans son énoncé : photographier la France sur une commande du Centre National des Arts Plastiques.

Le résultat est plus complexe, assez étonnant. Des maisons, des façades, des commerces, des rond-points, des édifices publics, des lieux communs que l'on ne connait pas tout en les connaissant en même temps dans les souvenirs que nous avons les un les autres de notre pays pour peu de l'avoir parcouru un peu en voiture.

Je ne suis pas totalement transporté par toutes les images de cette série ni par tout le travail de Depardon mais je ne peux qu'admirer la force du travail accompli et l'acharnemement à mener au bout une telle série sur plusieurs années quand je peine à aligner quelques images sur un même thème.

J'adhère beaucoup au choix technique aussi, la chambre 20x25 et l'utilisation d'une couleur assez éclatante qui me rappelle un peu les essais estivaux à la PORTRA 160VC.

Photographier la France, c'est à la fois un travail photographique, sociologique, géographique et historique. Ici, le choix s'est porté principalement sur les régions.

Si le sujet vous intéresse, et si vous n'avez pas 50 euros à débourser pour acquérir le catalogue de la collection, un hors série Télérama dresse un panorama assez détaillé de ce travail, l'exposition elle-même ne représentant qu'une petite partie par rapport aux 778 négatifs retenus au final.

Pour ce dimanche, l'exposition du jour n'était pas une exposition mais une concentration d'expositions multiples. En cette fin de semaine se tenait le salon Paris photo, sorte de Mecque du collectionneur. Les galeries les plus en vues exposent les photographes les plus en vue. Une belle occasion de voir beaucoup d'images sans parcourir toute la superficie parisienne.

Ceci étant, le nombre d'exposants et d'exposés est tel qu'il donne un peu le vertige. Difficile de sortir de Paris Photo serein et ayant pu prendre le temps nécessaire à l'appréciation de chaque photographie. La stratégie de survie veut que l'on butine d'un stand à l'autre un peu à la manière d'un papillon, s'arrêtant deci-delà quand quelque chose happe le regard, quitte à passer à côté de quelques perles. Autant dire que la disposition des photographies est primordiale pour attirer le chaland.

Cette année encore, face à cette surproduction, si la qualité est plutôt au rendez-vous, je n'ai pas été vraiment surpris par quelque nouveauté inattendue. Quelques grands moments de plaisir à voir quelques originaux face à soi parmi lesquels Sarah Moon (dont la magnifique grue de Bagatelle), Man Ray, Irving Penn, Kertesz (beaucoup d'images cette année, l'expo du jeu de Paume dut avoir son petit effet), deux très beaux agrandissements de la série Transsibériades de Klavdij SLUBAN, Michael Kenna, Brassaï, Diane Arbus pour ceux dont je me souviens.

Mon gros sourire de cette année vient de la découverte d'un artiste islandais, Sigurdur Gudmundsson. Un travail assez surréaliste qui présente des similitudes avec ceux de Robert Parke-Harrison et de Gilbert Garcin que j'affectionne énormément. Exemple avec cette image nommée "Dialogue".


© SIGURDUR GUDMUNDSSON

Pour faire suite à cette overdose de photographies, le mois de la photographie n'ayant pas de raison à demeurer seulement le mois où l'on regarde de la photographie mais prend également tout son sens à être le mois où l'on fait de la photographie.

Ce week end était aussi en ma demeure l'occasion de fabriquer un nouveau sténopé. Non sans mal (faire un trou de 0,24 mm n'a rien de très évident), j'ai appliqué les leçons à présent bien digérées de Marie-Noëlle Leroy sur la belle boite de tabac (fumer est dangereux pour la santé) donnée par l'ami Noesis. Une canette, un stylo, une bombe de peinture noire, une feuille de papier à poncer, une pointe, une perceuse, du gaffeur et quelques calculs. Pas encore eu l'occasion de l'utiliser, mais voici un nouveau boitier prêt à l'emploi dans un nouveau format.